Prostitution : Inscription de la loi au Sénat !

COMMUNIQUE DE PRESSE DES ASSOCIATIONS FRANCAISES DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES
 
25 novembre 2014 – 4 décembre 2014
Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes
1er « anniversaire » de l’adoption de la PPL renforçant la lutte contre le système prostitutionnel
Ni mesures, ni budget !
 12 mois de perdus pour les victimes du proxénétisme et de la traite des êtres humains, 10 jours pour rectifier le tir au Sénat et au Gouvernement !
 
A l’approche du 25 novembre 2014, les associations françaises de lutte contre les violences faites aux femmes dénoncent vivement la non-concrétisation des avancées historiques esquissées en décembre 2013 par l’adoption à l’Assemblée nationale de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel et le soutien à ses victimes.
Un an plus tard, et après s’être illustré en commission spéciale par la défense d’une impunité totale pour les clients prostitueurs, le Sénat n’a toujours pas inscrit la proposition de loi à son ordre du jour.
Conséquence directe de cette inaction, aucune des mesures protectrices prévues dans la proposition de loi ne peut être mise en œuvre (mise en place d’un parcours de sortie de la prostitution, coordination départementale des acteurs intervenant dans le soutien aux victimes, abrogation du délit de racolage, octroi non conditionné d’un titre de séjour temporaire aux victimes de la traite des êtres humains, accès à l’indemnisation pour les victimes de proxénétisme, interdiction de tout acte sexuel imposé par l’argent…).
Autre conséquence directe, la création du « Fonds interministériel dédié aux victimes de la traite des êtres humains et à l’insertion des personnes prostituées » prévu par la proposition de loi et le Plan d’action national contre la traite des êtres humains (Mesure 21) n’a pas été incluse dans le budget 2015. Le Gouvernement s’était engagé lors des débats parlementaires à ce qu’il soit crédité de 20 millions d’euros par an.
En ce 25 novembre 2014, et alors que la prostitution demeure la dernière violence contre les femmes dont les auteurs sont impunis (clients prostitueurs) et les victimes poursuivies (au titre du délit de racolage), nos associations demandent :
Au Président du Sénat et aux présidents de groupes politiques au Sénat :
·         – D’inscrire la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat.
Au Premier Ministre, à la Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, à la Secrétaire d’Etat aux droits des femmes, au Secrétaire d’Etat pour les relations avec le Parlement :
·      –  De garantir l’inscription rapide de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour du Sénat et la mise en place d’une Commission Mixte Paritaire après engagement de la procédure accélérée, ainsi que la création et l’alimentation à hauteur minimale de 20 millions d’euros d’un Fonds dédié aux victimes de la traite des êtres humains et à l’insertion des personnes prostituées.
 
Amicale du Nid – Assemblée des Femmes – Association Contre la Prostitution des Enfants – Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail – Association Femmes libres – Association française des Femmes des Carrières Juridiques -Centre de Recherches Internationales et de Formation sur l’Inceste et la Pédocriminalité – Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles – Chiennes de garde – CHOISIR la cause des femmes – Clara Magazine – Coalition Against Trafficking in Women -Collectif Alouette – Collectif Féministe Contre le Viol – Collectif fier-e-s et révolutionnaires du Parti communiste français – Collectif lesbiennes féministes ba-ham – Collectif National Droits des Femmes – Comité Permanent de Liaison des associations abolitionnistes du proxénétisme – Commission genre et mondialisation d’ATTAC – Conseil National des Femmes Françaises -Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception – Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes – Coordination Lesbienne en France – Elu/us Contre les Violences faites aux Femmes – Encore féministes ! – Ensemble l’égalité c’est pas sorcier -Equipes d’Action Contre le Proxénétisme – Espace Simone de Beauvoir – Fédération nationale GAMS – Fédération Nationale Solidarité Femmes – Femmes en résistance – Femmes Migrantes Debout ! – Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir – Femmes solidaires – FIT Une femme, un toit – Fondation Scelles – L’Escale – La ligue du droit international des femmes – Le Lobby Européen des Femmes – Le monde à travers un regard – Les Effronté-E-s – Les moutons noirs – Les trois quarts du monde – Libres MarianneS – Maison des femmes de Paris – Marche mondiale des femmes – Mémoire traumatique et victimologie – Mouvement Jeunes femmes – Mouvement du Nid – France – Mouvement national Le Cri – Osez le féminisme ! – Planning familial 75 – Rajfire – Regards de femmes – Réseau féministe Ruptures – Réussir l’égalité femmes-hommes – SOS les mamans – SOS sexisme – Zero impunity – Zéromacho – Zonta club de France.
 
 
Prostitution = violence
Pas d’égalité femmes – hommes sans abolition du système prostitutionnel !
L’Assemblée nationale, (…)
1. Réaffirme la position abolitionniste de la France, dont l’objectif est, à terme, une société sans prostitution ;
2. Proclame que la notion de besoins sexuels irrépressibles renvoie à une conception archaïque de la sexualité qui ne saurait légitimer la prostitution, pas plus qu’elle ne justifie le viol ; (…)
Loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes – Article 1
La politique pour l’égalité entre les femmes et les hommes comporte notamment :
1° Des actions de prévention et de protection permettant de lutter contre les violences faites aux femmes et les atteintes à leur dignité ;
2° Des actions visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel ;
La prostitution et le mal qui l’accompagne, à savoir la traite des êtres humains en vue de la prostitution, sont incompatibles avec la dignité et la valeur de la personne humaine.
La proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel est un vecteur pour renforcer la lutte contre toutes les formes de traite et protéger les victimes. Elle sera adoptée avant la fin de l’année 2014.
Le Parlement européen
1.  reconnaît que la prostitution, la prostitution forcée et l’exploitation sexuelle sont des questions étroitement liées aux genres et des violations de la dignité humaine, qu’elles sont contraires aux principes régissant les droits de l’homme, parmi lesquels l’égalité entre hommes et femmes, et sont par conséquent contraires aux principes de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, notamment l’objectif et le principe de l’égalité entre les hommes et les femmes;
L’Assemblée appelle les Etats membres et observateurs du Conseil de l’Europe, les Etats observateurs et les partenaires pour la démocratie de l’Assemblée parlementaire:
12.1.1. à envisager la criminalisation de l’achat de services sexuels, fondée sur le modèle suédois, en tant qu’outil le plus efficace pour prévenir et lutter contre la traite des êtres humains;

Revue de presse #enmarcheavecrosen

IMG_0158Après les photos, voici une revue de presse des articles parus depuis l’arrivée de Rosen à Paris, ainsi que des passages radio-télé, ainsi que quelques uns des liens publiés pendant la marche sur le blog de http://marchepourlabolition.wordpress.com. Aussi, à lire, la tribune des maires pour demander l’inscription de la loi à l’ordre du jour du Sénat : « Maires et conseillers municipaux s’engagent pour l’abolition de la prostitution », et l’interview d’Anne Hidalgo.

Le club 28 sur Arte

Emission C’est à dire sur France 5

-Article et reportage sur LCI : Une ancienne prostituée marche 800 km pour réclamer la pénalisation des clients

-Vidéo d’I-télé, qui a suivi Rosen : Prostitution : la longue marche pour l’abolition

-Une lettre des survivantes de Strasbourg présente aux côtés de Rosen dimanche : Lettre pour Rosen

-L’article du Monde paru quelques jours avant l’arrivée : Avez-vous déjà acheté une femme ? La longue marche de Rosen Hicher

-Dans L’Humanité : Rosen Hicher relance le débat sur la prostitution

-Libération : Contre la prostitution, la marche est longue

-Dans Le Parisien : La longue marche de Rosen 

-Dans Sud-Ouest : Pari réussi pour l’ex-prostituée saintaise

-Rosen au micro de BFM TV demande la pénalisation des clients

-Sur Europe 1 : Rosen Hicher en marche pour la pénalisation des clients de la prostitution

-De belles images sur cette vidéo : Les anti-prostitution se mobilisent 

Le reportage de France 3 

Rosen sur France Inter 

-Sur Virgin Radio : Marche pour la pénalisation des clients 

Après sa marche, Rosen Hicher reste en mouvement, par Metronews

Des maires appellent les sénateurs à se mobiliser contre la prostitution La Croix

Les élus soutiennent le combat de Rosen Hicher, Sud-Ouest à nouveau

-Le Point : Rosen Hicher arrive à Paris après 800 km de marche 

-20minutes.ch : « Les êtres humains ne sont pas des marchandises »

-20minutes.fr « 745km plus tard, Rosen Hicher garde espoir » (nous aussi !)

-Beaucoup de photos ici sur Citizenside

-Rosen est également passée à plusieurs reprises sur France Inter, et à France Info.

Essonne Info

Rosen Hicher, ex-prostituée en colère contre le Sénat dans Lyon Capitale

Rosen Hicher, ex-prostituée, marche pour l’abolition dans Ouest-France

Dans le Gulf Times ! 

Le plus vieux débat du monde, dans Le Dauphiné Libéré

-Le journal des femmes : Rosen Hicher en marche pour l’abolition 

Lyonne.fr

 

#enmarcheavecrosen

DSCF6870Journée historique ce 12 octobre avec la publication de la tribune des maires (dont Anne Hidalgo pour Paris, Johanna Rolland pour Nantes et Roland Ries pour Strasbourg) et avec surtout l’arrivée de Rosen Hicher, survivante de la prostituion, après 800 kilomètres de marche devant le 22 rue du Colisée à Paris (son premier lieu de prostitution). Belle couverture médiatique, participation associative et des politiques, et ensuite regroupement devant le Sénat pour demander une date d’inscription pour la loi d’abolition !

Rosen a d’ailleurs annoncé qu’elle ne repartirait pas avant d’avoir une date !

Voici les photos de la journée et de la belle mobilisation

 

Venez accueillir Rosen le 12 octobre ! #enmarcheavecrosen

10421261_10152696611784510_4327284923080891513_n-1INVITATION

Les 60 associations du collectif Abolition2012 vous invitent à accueillir Rosen Hicher à Paris le dimanche 12 octobre, à l’issue de sa marche de 800 km pour l’abolition du système prostitutionnel.
Rassemblement d’ accueil de Rosen à Paris
Dimanche 12 octobre à 13h30
Place Saint Philippe du Roule
8ème arrondissement

(prises de parole des soutiens, point presse, pique-nique, lancement de la marche vers le Sénat)
Pour information vous pouvez aussi :
-Accompagner Rosen sur sa dernière étape dans Paris (11h-13h30).
Entrée dans Paris : prévue à 10h45 par la porte d’Orléans
Passage de la Seine : vers 12h30 au pont des Invalides
Arrivée à son premier lieu de prostitution : 22 rue du Colisée, vers 13h
-Rassemblement d’accueil : à 13h30 place Saint Philippe du Roule
-Vous joindre à la marche revendicative vers le Sénat (15h-17h)
Associations, militantEs et sympathisantEs marcheront avec Rosen jusqu’au Sénat pour demander l’inscription à l’ordre du jour de la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel.

Pour en savoir plus sur la marche de Rosen : 
Sur twitter @abolition2012
#enmarcheavecRosen
Sur Canal +

CP: Abolition2012 salue l’adoption par le parlement d’une loi demandant le renforcement de la lutte contre le système prostitutionnel

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Paris, le 23 juillet 2014
Egalité réelle entre les femmes et les hommes : Abolition 2012 salue l’adoption d’une loi demandant à l’État de renforcer la lutte contre le système prostitutionnel !
L’Assemblée nationale et le Sénat viennent d’adopter définitivement la loi pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Nos 60 associations se réjouissent du fait que la loi demande à l’Etat, dès son article 1er, de « renforcer la lutte contre le système prostitutionnel » pour promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes.
En plaçant la lutte contre le système prostitutionnel au coeur des priorités de l’Etat en matière d’égalité, le Parlement réaffirme que l’exploitation des plus vulnérables et la violence sexuelle extrême que constitue la prostitution sont incompatibles avec tout projet de société visant l’égalité réelle entre femmes et hommes. Le Gouvernement a encouragé cette dynamique en soutenant en séance, par la voix de Najat Vallaud-Belkacem, la nouvelle rédaction de l’article 1, telle que proposée par la députée Marie-George Buffet. Nous nous en félicitons !
Les deux assemblées s’inscrivent ici dans la continuité de l’ensemble des recommandations et résolutions adoptées ces dernières années en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et de promotion de l’égalité femmes-hommes :
  • Dès 2010, à l’occasion de la Grande cause nationale « lutte contre les violences faites aux femmes », le Gouvernement Fillon inclut la prostitution dans la liste des violences faites aux femmes et affirme que tout achat d’un acte sexuel constitue en soi une violence.
  • Le 6 décembre 2011, l’Assemblée nationale adopte à l’unanimité sa résolution réaffirmant la position abolitionniste de la France en matière de prostitution et dénonce la violence inhérente à la prostitution.
  • En 2013, le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes (HCEFH) salue dans son avis la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel et soutient la pénalisation de l’achat d’un acte sexuel.
  • Le 5 décembre 2013, l’Assemblée nationale adopte par 268 voix, contre 138, sa proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, incluant 4 piliers, dont la pénalisation de tout achat d’un acte sexuel.
  • En février et avril 2014, le Parlement européen et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe qualifient la prostitution de violation des droits humains et d’ obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes, et demandent aux Etats d’interdire l’achat d’ actes sexuels.
  • Enfin, en 2013 et 2014, les délégations aux droits des femmes de l’Assemblée nationale et du Sénat adoptent chacune un rapport parlementaire indiquant qu’il ne peut y avoir d’égalité entre les femmes et les hommes tant qu’est maintenu un droit à imposer un acte sexuel par la contrainte financière.
Alors que des dizaines de milliers de personnes demeurent enfermées dans le système prostitutionnel, nos associations rappellent qu’il est urgent de faire adopter définitivement une loi globale et cohérente visant à faire reculer la prostitution tout en soutenant ses victimes. Dans ce contexte, elles appellent le Gouvernement à concrétiser enfin son engagement en inscrivant au plus vite la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel à l’ordre du jour des deux assemblées pour y être adoptée définitivement.
Le collectif Abolition2012 rassemble 60 associations de soutien aux personnes prostituées et de lutte contre toute forme de violence sexuelle ou sexiste.

Le collectif Abolition2012 demande l’inscription de la loi sur la prostitution à l’ordre du jour du Sénat !

IMG_7912Avec la Sénatrice Brigitte GONTHIER-MAURIN, Présidente de la Délégation aux droits des femmes, et la Sénatrice Michelle MEUNIER, Rapporteure de la Commission spéciale, les 60 associations du collectif Abolition2012 réaffirment que la prostitution constitue une violence et un obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes, dont il faut tirer les conséquences en engageant la responsabilité de l’acheteur d’actes sexuels. 

Notre société ne peut plus faire comme si l’acheteur d’actes sexuels n’existait pas ! C’est lui le moteur de la violence prostitutionnelle. C’est lui qui paye pour commettre sur autrui des actes sexuels non désirés.

Nos associations constatent que la France démantèle environ 50 réseaux de proxénétisme par an et qu’après chaque démantèlement, un nouveau réseau apparaît, car aucune mesure n’est prise pour décourager la demande !

Nous demandons donc que le 4e pilier de la loi, la responsabilisation des acheteurs, retiré du texte par la Commission, y soit réintégré au cours du processus démocratique.

 Le collectif salue par ailleurs le renforcement, par la Commission spéciale du Sénat, de toutes les autres dispositions de la proposition de loi : mesures de prévention, de protection et d’insertion sociale et professionnelle, financées notamment par tous les biens et produits confisqués aux proxénètes, abrogation du délit de racolage, autorisation de séjour, accès au logement, formation des travailleurs sociaux, etc.

 Abolition2012 rappelle que l’Europe, à la suite de la France, s’est engagée sur la voie d’une véritable politique abolitionniste, avec le vote de deux résolutions du Parlement européen et de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, les 26 février 2014 et 8 avril 2014, qui reconnaissent que la responsabilisation de l’acheteur d’actes sexuels, fondée sur le modèle suédois, est l’outil le plus efficace pour lutter contre la traite et la violence prostitutionnelle.

 Abolition2012 rappelle enfin que le Gouvernement s’est engagé à faire adopter par le Parlement, avant fin 2014, la proposition de loi relative à la prostitution, qui a d’ores et déjà été adoptée en première lecture par 268 députéEs (deux tiers des suffrages exprimés), lors d’un vote solennel.

 En conséquence, nous demandons au Gouvernement de respecter le calendrier qu’il a annoncé et de procéder à l’inscription de la proposition de loi à l’ordre du jour du Sénat.

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Le collectif Abolition2012 rassemble 60 associations de soutien aux personnes prostituées et de lutte contre toute forme de violence sexuelle ou sexiste 

 

CP de l’Amicale du Nid : Plus de 200 jeunes femmes enlevées au Nigéria, punies d’avoir voulu accéder à la connaissance, soumises à toutes les violences.

Plus de 200 jeunes femmes enlevées au Nigéria, punies d’avoir voulu accéder à la connaissance, soumises à toutes les violences.

Les survivantes sont vendues sur des marchés aux esclaves, sont les proies des trafiquants de la traite des êtres humains et de la prostitution.
Insupportable ! Intolérable ! Sidérant !
Mais quelle est alors la responsabilité des « clients de la prostitution » ?
Une partie de ces femmes, de ces adolescentes, violées et mises en servitude, vont se retrouver sur les routes de nos pays où des « clients » vont payer 20 ou 30 euros la fellation qu’ils exigeront, le rapport sexuel sans préservatif qu’ils imposeront. Ils seront ainsi complices de ces terroristes qui les leur offrent, sûrs que partout encore des hommes n’ont aucun scrupule et se complaisent dans l’irresponsabilité et leur égocentrisme en achetant l’usage de corps. Pouvons-nous laisser faire ici, en France, et ailleurs ?
Cette horreur nous montre bien que nous devons pénaliser l’achat de tout acte sexuel. Que nous devons abolir la prostitution comme nos prédécesseurs exigeant le respect des droits humains ont aboli l’esclavage.

21 rue de Château d’Eau
75010 Paris

MESDAMES ET MESSIEURS LES DEPUTéES, VOTEZ L’ABOLITION

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Nous votons « Abolition de la prostitution » !

RASSEMBLEMENT

Vendredi 29 novembre

12h30 à 13h30

Place Edouard HERRIOT – Métro Solférino

 

ET DIFFUSEZ AUTOUR DE VOUS, A VOS DEPUTéEs, CETTE TRIBUNE DE ROSEN HICHER, SURVIVANTE ! (pour pouvoir la lire dans son intégralité, il faut copier coller le titre dans Google)

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/11/26/prostitution-je-n-etais-qu-une-marchandise_3520706_3232.html

Et retrouvez tous les témoignages de notre campagne #30jourspourlabolition :

http://www.scoop.it/t/prostitution-30-jours-30-temoignages

Anaïs, « masseuse » à domicile 1/2

cropped-mmr351.jpgFemme battue, prostituée, mais « travailleuse indépendante » avec la bénédiction des pouvoirs publics, Anaïs a fini par porter plainte pour proxénétisme contre son mari.

Je n’avais pas de famille. J’ai rencontré cet homme en boîte de nuit. Il était au chômage et travaillait un peu dans l’entreprise de ses parents. Nous vivions dans la maison familiale et j’ai cru trouver la famille que je n’avais pas eue. Au bout de quelques mois, j’ai été enceinte. Il était violent, il a commencé à me frapper.

Je me levais à 6h du matin, je m’occupais de tout. Si un de ses tee-shirts n’était pas lavé, il frappait. Dans sa famille, personne ne bronchait. Il a commencé à me dire qu’il n’avait plus d’argent et à me parler de son ex, qui était masseuse. Il m’a mis dans le cerveau l’idée que notre fils allait manquer de tout ; que je n’aurais rien pour l’habiller, que nous n’aurions pas de belle voiture.
Petit à petit, la prostitution, j’ai trouvé ça presque normal. Pour mon fils. Maintenant je comprends comment il a fait. Je comprends les femmes battues. Et je vois comment notre fils a été pour lui une monnaie d’échange. En fait, j’étais encerclée.

J’ai décidé de passer des annonces dans le journal. Aujourd’hui, on ne peut plus le faire en mettant juste un numéro de portable. Pour accéder aux offres commerciales et donner un téléphone, il faut un numéro de Siret. Je suis donc allée à la chambre de commerce. J’ai expliqué à une dame que je voulais mettre des annonces dans le quotidien régional, dans la rubrique « détente ». Elle m’a expliqué qu’il me fallait un numéro de Siret et m’a donné elle-même, comme raison commerciale, « salon de massage ».

Les numéros sont régulièrement vérifiés par les journaux, plus de problème. J’ai donc réuni les papiers : quittances de loyer, factures EDF, etc. Il me fallait une domiciliation. J’ai écrit à l’entreprise familiale pour demander l’autorisation de recevoir mon courrier administratif à cette adresse. Ils ont signé. J’ai eu mon rendez-vous le 8 janvier 2001. Je me souviens parfaitement de la date. La chambre de commerce m’a inscrite et on m’a dit que j’aurais mon numéro de Siret dans les dix jours. Le jour même, je passais une annonce, avec la mention « numéro en cours ».

J’ai mis « Vanessa, 22 ans, vous propose massage et relaxation ». En tant que « travailleuse indépendante », je paye la Caisse d’assurance maladie, l’Urssaf, les impôts… Les deux premières années, on ne paye pas d’impôts. En fait, je suis une micro-entreprise. J’ai donc droit à des aménagements fiscaux. Je déclare 1200€ par mois.

Tous profitent du système

Si je voulais, je pourrais demander une facture quand j’achète des préservatifs et les déclarer en frais professionnels. Je ne le fais pas, j’ai trop honte. Je dois justifier mon revenu et faire une déclaration annuelle. C’est « très professionnel », mon entreprise ! J’ai un comptable !

Je vais dans des hôtels qui ferment à 11h du matin et rouvrent à 17h. Ce sont des heures où il n’y a personne à la réception. Donc, ce n’est pas considéré comme du proxénétisme. L’été, ces hôtels nous virent parce que c’est tout le temps complet. Tout le monde profite du système. Moi, j’ai toujours aimé l’honnêteté. Mais la France, c’est faux cul.
Quand je pense à tous ces types qui ne voudront jamais me louer un appart’ et qui sont clients ! Quand on est prostituée, on vous dit non pour tout. On est des pestiférées.

Certaines ont un salon de massage, d’autres sont en appartement, d’autres à l’hôtel. Moi, je vais dans les hôtels.
Les premiers jours, je rentrais à la maison en pleurant. Le troisième jour, il a vu que je pleurais toujours. Il m’a dit : « Tu ne vas pas chialer tous les jours ! »
Je me suis dit, c’est vrai quoi ! Avec tout mon vécu, tout mon passé, j’ai pensé qu’après tout je pourrais résister. J’avais été abandonnée petite par ma mère, et j’avais fait 17 foyers d’accueil pendant mon enfance et mon adolescence. J’ai tout vécu. Alors, je continue.
Dans les moments où on se reproche de se prostituer, on se dit : oui, mais ton fils ne va pas manger. On a la bonne excuse.

Pour la famille, j’étais censée être femme de ménage. Un jour, j’ai dit à ma belle-sœur : je suis une pute. Ils ont tous dit « c’est dégueulasse » mais personne n’a bougé. Pourtant, ils me voyaient acheter des trucs chers et rentrer en taxi, et ils voyaient passer mon courrier. Mais ils ne voulaient pas savoir. Jamais une question, jamais rien. Je ne suis pas fière de ce que je fais. Mais avec eux, je n’ai aucune pudeur. J’ai mis la boîte de préservatifs au milieu de la table et, un jour, pour aller faire les courses, j’ai plongé la main dans le pot où je mets mon argent et j’ai sorti tout le fric. Sous leur nez. À peu près 40000 balles.

C’est payer qui l’excitait

Mon mari manipule toute la famille. Ils ont tous peur de lui. C’est « Monsieur Muscle ». Il ne faut jamais dire qu’il a tort. C’est à moi, quand je l’ouvrais, qu’on faisait des reproches : « Tu devrais te taire, il est coléreux. »
C’était le monde à l’envers. Il frappe sa mère, sa sœur… Avant, je pensais, une femme battue n’a qu’à s’en aller. Là, je me disais, « tu l’as peut-être mérité« . Maintenant, je sais qu’on rentre dans un cercle infernal. On finit pas se dire qu’on l’a cherché.
Et puis ma famille d’accueil m’avait dit pendant une partie de mon enfance que je ne valais rien. Donc, tout se rejoignait. Toute prostituée a un passé.

Il a toujours été grand consommateur de prostituées. C’est moi qui payais. Il connaît toutes celles qui passent des annonces, il les a toutes essayées. La preuve, la semaine dernière, je n’ai pas mis mon nom, « Vanessa ». Il a appelé. Je lui ai dit, « tu ne me reconnais pas ? »

Au début, il y allait tous les vendredis. Avec mon argent. Après, plus l’argent rentrait, plus il y allait. Deux ou trois fois par semaine. Et au restau, et au casino… Le plus fort, c’est qu’il ne voulait plus me sortir. Il avait trop peur de tomber sur un client. Il avait honte !

Ce qui excite ce genre d’homme, c’est de payer une fille. C’est de sortir les gros billets. Il lui est arrivé de sortir au bistrot du coin des billets de 100 dollars, que j’avais gagnés. C’est « J’ai le pouvoir, je paye« . Moi, la mère de son enfant, il ne me touchait pas, il préférait payer.

Avant, il avait vécu en Afrique et ailleurs. Il est toujours allé voir les prostituées. Son père aussi. C’est familial. Pendant les disputes, j’avais pris l’habitude de ne rien dire pour limiter les coups. Mais un jour, j’ai explosé. Je lui ai dit : « Tu me prends tout mon fric, il m’en reste juste pour mon shit. »
Je l’ai traité de mac. Alors là, il n’a pas supporté. Pourtant, je rentrais à la maison le soir, il me disait : « Tu as travaillé ? »
Je sortais le fric.

Des fois, il trouvait que ce n’était pas assez. La seule chose, c’est qu’il m’a toujours laissé payer tout ce que je voulais à mon fils. Et il me laissait une soirée par semaine. Moi, j’aime bien rester à la maison. Donc, je restais à coudre. Pendant ce temps-là, il claquait mes 4000 balles. Mais j’étais tellement conne que j’étais contente ! Ca faisait toujours une soirée où je n’avais pas morflé. En gros, je lui disais merci !
Par exemple, quand il m’emmenait faire les courses en voiture, et que je n’étais pas obligée de prendre mon scooter, je le remerciais.
Il est même allé jusqu’à coucher avec une copine prostituée que j’avais perdue de vue. J’étais tellement heureuse qu’il l’ait retrouvée que je n’ai rien dit

Je suis restée plus de trois ans avec lui. Il a profité du fait que je n’avais pas de famille, pas d’amis. Ma meilleure amie était partie à l’étranger. Pendant toutes ces années, j’ai souvent dit que j’allais partir. Il me disait : « Tu vasfaire comme ta mère. »
Ma mère était prostituée et elle m’a abandonnée. Ça marchait, je me sentais coupable.

J’ai fini par partir, en laissant mon enfant à ma belle-mère. Et par porter plainte pour coups et blessures. Mon avocate s’est mise en rapport avec son avocate à lui. Pour finir, elle m’a dit : « Tu es prostituée, ça va être dur d’obtenir la garde de ton enfant. »
Alors là, j’ai explosé : et lui, il est proxo !

J’ai piqué une telle colère que j’ai foncé à la BAC pour porter plainte pour proxénétisme. Cette avocate qui, soit dit en passant, m’a demandé 5000 balles juste pour ouvrir mon dossier, m’a fait comprendre que je n’avais pas d’appart’ et que je n’étais qu’une pute. Elle s’est arrangée avec l’autre pour éviter que je fasse une requête auprès du juge des affaires familiales. C’est lui qu’elles protègent, ce n’est pas moi.

Aujourd’hui, c’est lui qui a notre fils et qui touche l’allocation de parent isolé ! Et moi, je suis obligée, pour prendre mon fils trois fois par semaine, de passer les trois quarts du temps que j’ai avec lui à faire des allers-retours en car.

Le plus dur, c’est la violence psychologique

Pour l’instant, mon mari n’est au courant que de la plainte pour coups et blessures. D’ailleurs, il m’a demandé de la retirer, en me promettant en échange d’avoir mon fils une semaine sur deux. Je ne l’ai pas retirée. Seulement, comme je n’ai pas eu d’interruption de travail suite aux coups, ça ne vaut rien. Au pire, il écopera de mille balles.

Pour l’autre plainte, je me suis démenée. Je suis contente, j’ai un témoin visuel qui peut témoigner que mon mari était mon proxénète. J’ai confiance. Même si je sais que le commissaire a une pile de dossiers sur son bureau. Il va falloir attendre.

Maintenant, je veux passer à la suite. Commencer une nouvelle vie. Mais c’est le parcours du combattant. On ne veut pas me louer d’appartement, je n’ai pas de bulletins de salaire. Résultat, je vis en résidence hôtelière et je paye 1000 euros par mois pour un T2. Pendant deux mois, quand je suis partie de chez moi, j’ai vécu dans les hôtels avec mes valises, et je travaillais dans la même chambre pour faire des économies. Là, on devient dingue.

Au début, quand j’étais nouvelle, je gagnais 3000 par semaine. Maintenant, 1500. Mais j’ai des charges fixes colossales : 1000 euros de loyer, 40 euros par jour pour les hôtels, 30 euros d’annonces par semaine, les frais pour mon fils, les mobicartes, les préservatifs, etc.

Pour ne pas perturber mon fils, ne pas l’arracher brutalement à sa grand-mère, je continue la prostitution. En me mordant les doigts de ne pas avoir profité de mon petit, de l’avoir fait élever par ma belle-mère. J’assume ce que je fais. On m’y a mise.

J’attends pour demander la garde. Je n’ai pas de logement fixe, pas d’argent de côté. Mais j’ai repris une école pour avoir un diplôme, et je mise là-dessus. Il ne faut pas se mettre le juge à dos. Dès que j’ai ce diplôme, j’arrête de me prostituer. Déjà, d’avoir un appartement, même en résidence hôtelière, a changé ma vie. Maintenant, il m’en faudrait un avec un bail.

Je vais commencer une nouvelle vie

Et dire que je me croyais incapable de vivre seule. De payer un loyer. D’élever un enfant. Il me mettait toujours en position de penser que j’avais besoin de lui. Alors qu’en réalité je faisais tout, toute seule ! C’est moi qui payais tout, qui gérais tout ! Je finançais même l’entreprise familiale !

J’ai ramené des millions à cette ordure. Il a tout gardé. Si je pouvais, je serais la première à lui mettre le fusil sur la tempe. Je le hais. Ce n’est pas la violence physique, le plus dur. Les bleus, ça part. C’est la violence psychologique, le harcèlement.

Il y a des choses que je ne supporte pas : l’hypocrisie de la société qui fait de l’argent sur notre dos et ne nous reconnaît même pas le droit d’avoir un appartement ; la vulgarité des prostituées qu’on voit à la télé.

En fait, j’ai souvent envie de dire que je suis prostituée, rien que pour voir la tête des gens. Les gens, ceux qui pensent que c’est de l’argent facile…

Publié dans Prostitution et Société numéro 141.

Laurence : « renaître de ses hontes »

Ce livre, Renaître de ses hontes, c’est la fin d’un long cheminement qui m’a permis de nettoyer définitivement ma honte, d’oser ne plus me cacher, de prendre le risque d’être moi au risque de déplaire aux autres et à la société.

Il est le symbole de ma transformation. J’ai passé quatre années à l’écrire, quatre années à regarder en face quelque chose qui m’a empêchée de respirer jusqu’à l’âge de 45 ans, alors que j’avais donné du sens à ma vie et réalisé ce à quoi j’aspirais : la honte. Honte d’être née, honte de n’avoir pas été aimée, d’avoir été rejetée, honte d’avoir été victime d’inceste, honte d’avoir été prostituée, honte d’avoir été alcoolique.

J’ai grandi dans la peur et dans l’idée qu’il fallait se taire. Pour survivre, j’ai développé un comportement que l’on appelle l’inhibition : passer inaperçue, me laisser faire. J’ai donc fait la morte lors de l’inceste et j’ai continué dans la prostitution.

Ensuite, j’ai eu honte d’avoir accepté d’être la poupée de ces hommes que la société appelle gentiment des « clients ». Pour continuer à vivre, pour être aimée par les autres, j’ai tout fait pour cacher toutes ces hontes. J’ai utilisé un outil puissant : l’alcool. Mais l’alcool est un piège infernal puisque qu’il entretient la honte.

Sortir du silence

Je me suis donc tue pendant plus de vingt ans. J’étais prisonnière d’une double contrainte : si j’osais parler, je prenais le risque d’être rejetée. Si je me taisais, je devais continuer à supporter le poids de la honte et de la douleur.

Ces quatre années d’écriture ont été très dures. Mon corps a parlé. J’ai souffert de contractures qui m’ont paralysée, de maux de ventre à rester pliée en deux, de vomissements, de crises de sanglots pendant des semaines. Replonger dans mon histoire me renvoyait à un torrent d’émotions et de sentiments : le chagrin, l’isolement, la colère, la haine, la honte, la culpabilité…

J’ai voulu que ce livre parle de l’expérience de la honte. Il en existe peu sur ce thème et ils sont le plus souvent théoriques. En disant mes hontes, je voulais aussi dénoncer les préjugés. Oui, l’alcoolisme est une souffrance. Oui, la prostitution est une souffrance. Je ne peux plus supporter d’entendre qu’elles aiment ça ou qu’il faut des putes pour éviter à nos filles d’être violées ! Moi qui ai vécu la prostitution, je l’ai ressentie comme un viol, ou plutôt des viols incessants ; comme la destruction et l’anéantissement d’une partie vivante de moi-même. Mon vécu de prostituée n’a fait que renforcer ma honte d’exister.

Mais je n’ai pas choisi le pathos. Mon sujet, c’est la résilience ; le processus qui m’a permis de transformer mon vécu : de faire de mon expérience de vie une force ; de changer le « à cause de » en « grâce à ». Si j’ai écrit ce livre, c’est pour me libérer mais aussi pour éclairer tous ceux qui sont confrontés à leurs hontes, pour leur transmettre l’idée qu’ils peuvent en sortir et aller vers leur propre transformation. Guérir, ce n’est pas oublier mais accepter pleinement nos blessures pour vivre avec. Aujourd’hui, après avoir donné du sens aux événements de ma vie, je suis convaincue que chacun d’eux recèle l’opportunité de « grandir » même si cela peut être douloureux.

Je retrace donc mon enfance, le manque d’amour, la maltraitance, l’inceste. Mon adolescence avec la rue, la drogue, l’alcool, l’autodestruction. Je raconte mes addictions, la boulimie, les fugues, la défonce, ma rencontre avec des « amis », les recruteurs d’un réseau de proxénètes ; et à 17 ans l’enfer de la rue Saint-Denis, surveillée jour et nuit. Je décris le défilé des « clients », leur indifférence, la violence, ma sexualité détruite ; puis les petits boulots, les dépressions, les démissions, l’utilisation forcenée que j’ai pu faire de ma séduction pour espérer gagner l’amour des autres, ma vie sentimentale chaotique, mes rechutes dans l’alcool.

Mais surtout je montre le chemin de réparation qui m’a permis d’accepter la réalité. Après trente ans passés à vivre dans le silence, je raconte les souffrances liées à mes traumatismes mais aussi mon long travail de psychothérapie, mes formations, mes diplômes, mes lectures ; et puis mes rencontres avec de formidables tuteurs de résilience [1] aussi bien au Mouvement du Nid [2] que chez les Alcooliques Anonymes ou chez les moines bouddhistes.

La psychothérapie a réveillé beaucoup de douleurs mais elle a été le levier qui m’a permis de conquérir une formidable énergie de vivre. J’ai pu décrypter mes croyances, ces lunettes noires que l’on a sur le nez et qui déforment nos réalités : d’abord ma croyance en ma nullité. J’ai compris comment j’avais répété des situations d’échec qui venaient confirmer à mes propres yeux l’idée que je ne valais pas grand-chose ; comment cette idée m’avait inconsciemment fait prendre de mauvaises décisions. La certitude que les hommes sont des abuseurs m’a conduite plusieurs fois à vivre des abus sexuels. Tout ce chemin de reconstruction m’a permis de décrypter mes malaises et la répétition des vieux scénarios : mes rencontres successives avec des proxénètes par exemple…

En plus, en avançant dans cette voie, j’ai commencé à nourrir une véritable passion pour la psychologie, les relations humaines, la communication, le développement de la personne. Et surtout, j’ai fait une découverte sans précédent. C’est quand j’ai osé dire mes hontes, quand j’ai osé demander de l’aide, que j’ai reçu les plus beaux cadeaux de la vie.

Témoigner publiquement

Aujourd’hui, grâce à ce processus d’écriture, je suis prête à témoigner publiquement et à me battre contre le système prostitutionnel. Bien sûr, écrire ce livre m’a fait traverser des moments d’inquiétude ; d’abord pour mes enfants. Un de mes fils est atteint d’une forme d’autisme, le syndrome d’Asperger, et je ne voudrais pas qu’il soit traité de « sale autiste » et en plus de « fils de p… » Parfois, j’ai peur. Mon mari me soutient. Je suis prête, mais je ferai tout pour protéger ma famille et me protéger moi. Je ne signe d’ailleurs que de mon prénom et de mon pseudo « Noëlle » pour rendre hommage à cette jeune femme qui à l’époque avait si honte d’elle lorsqu’elle témoignait à visage caché.

Cette question du témoignage a toujours pris une place centrale dans mon histoire. Je pense à mes témoignages sur mon vécu de prostituée. J’en ai donné plusieurs, pour le Mouvement du Nid [3] puis pour la presse, la radio, la télévision ; pour le dessinateur Derib, en participant au scénario de la BD de prévention Pour toi Sandra. Même si je témoignais dans l’anonymat parce que je n’étais pas encore prête à me dévoiler en public, oser dire ce qu’était la réalité de la prostitution m’a permis de goûter à un sentiment nouveau : me sentir utile, avoir ma place.

J’ai non seulement découvert que, malgré mon trac, les mots sortaient de ma bouche portés par une énergie que j’ignorais, mais aussi que mes témoignages avaient le pouvoir d’aider d’autres personnes. Sans le savoir, je transmettais deux messages : le premier, destiné aux personnes en difficulté, il est possible de s’en sortir et de revivre. Le second, au grand public : la prostitution est une atteinte aux droits humains, une réalité qui pourrait bien devenir l’une des hontes de notre temps.

S’engager

Pendant 28 ans, j’ai fui tout qui touchait à la prostitution et à l’inceste. Je ne voulais rien lire sur le sujet, je zappais ; tout, les documentaires et même les films. Pour moi c’était insoutenable physiquement. Aujourd’hui, je suis prête. J’ai regardé le documentaire Putains de guerre (France 3, 20/02/2013) et je me suis demandé comment fait un soldat de l’ONU pour se servir de ces jeunes filles, souvent mineures, qui doivent faire cent clients par jour ! Je suis horrifiée devant tant d’irresponsabilité.

Il y a énormément de travail à faire. Ce qui me tient à cœur, ce sont les clients. Leur faire prendre conscience. Les discours qu’ils avancent pour se justifier me révoltent. J’ai envie de hurler mon indignation et ma colère. Mais en écrivant j’ai dépassé quelque chose. Paradoxalement, j’ai envie de comprendre ; et d’agir. Dans la masse de ces hommes, il y en a qui sont capables de prendre conscience de leurs actes abusifs. Mais pour que cela soit possible, il faut que nous osions dire. De même qu’il existe des groupes de parole de femmes violées, des contacts en prison entre victimes et agresseurs, il faut que les personnes prostituées parlent.

Mon objectif est aussi d’établir des contacts avec d’autres « survivantes » [NDLR : C’est le nom qu’ont choisi dans de nombreux pays des femmes anciennement prostituées, en lutte contre le système prostitueur]. J’en ai maintenant aux États- Unis et en Irlande et ces moments me mettent dans un état de bien-être total. L’idée que l’on pourrait toutes se rejoindre, faire quelque chose ensemble, c’est pour moi l’état de grâce.

J’en ai assez d’entendre à la télévision ces « escortes » (pour ne pas dire trop honteusement prostituées) avec leur sac Vuitton… qui disent être tellement contentes de l’être. N’avoir d’estime de soi qu’en achetant des trucs à 2 000 euros, c’est une bonne façon de cacher sa honte et le mépris de soi. Que restera-t-il de leur semblant de fierté le jour où elles seront vieilles ou sans argent ?

La plus belle chose que j’ai découverte au travers de l’écriture de mon histoire, c’est que c’est la quête d’amour qui m’a toujours donné l’étincelle de vie et le courage de m’en sortir. Je crevais d’amour sur ce trottoir de l’enfer. Petit à petit, j’ai appris à m’aimer, à aimer mon corps et à aimer mes blessures. Depuis que j’ai regagné l’estime de moi-même, je pense que ce ne serait plus possible pour moi d’être prostituée. Je pourrais me battre jusqu’à la mort pour dire « non » si on me forçait.

Renaître de ses hontes, le livre de Laurence, est en librairie depuis avril 2013. Il est édité chez « Le Passeur », isbn : 978-2-36890-024-6. Nous en avons publié une recension dans notre revue.

Laurence a pris la parole aux côtés de deux autres « survivantes », Nathalie et Rosen, lors de la journée du 13 avril 2013 pour l’abolition du système prostitueur. Vous pouvez retrouver leurs interventions en vidéo sur le site du collectif « Abolition 2012 ».

[1] Terme forgé par le psychiatre Boris Cyrulnik.

[2] Le Mouvement du Nid, association de soutien aux personnes prostituées, est l’éditeur de la revue Prostitution et Société et de ce site.

[3] Sous le pseudonyme de « Noëlle », Femmes et Mondes n° 77/1987)].