Fiona 1/2 : « le mec paye, il fait ce qu’il veut »

Image 26Aujourd’hui nous publions la première partie du témoignage de Fiona. Demain vous pourrez lire la suite, « Dans le milieu tout le monde se tait ».

Un extrait du témoignage de Fiona a par ailleurs été lu le 13 avril lors de l’Abolition citoyenne du système prostitueur par la comédienne Eva Darlan, vous pourrez le retrouver en bas de cette page.

« Quand je sors dans la rue, j’ai l’impression que c’est écrit sur mon front ; que les gens me regardent parce qu’ils savent. Dans la rue, on regarde les handicapés d’une certaine façon. Moi, c’est la même chose ; on ne me regarde pas comme on regarderait n’importe qui.

J’ai peur de l’avenir. Peur des questions. Ce que j’ai vécu, c’est une chose qu’on ne peut pas dire. Les gens vont dire : mais pourquoi elle est allée là-bas ?

J’ai grandi entre la Roumanie et la France. J’ai eu une éducation très carrée, en Roumanie, en institution. Puis je suis revenue en France pour faire des études. Tout était normal. Et puis je prends un logement en banlieue : un quartier populaire, moins cher… mais plus risqué. Un jour, je suis abordée par un jeune homme qui me demande si je suis nouvelle dans le quartier. Un quartier, c’est comme un territoire. Une nouvelle tête, on veut savoir ce qu’elle a dans le ventre. En général, dans ces histoires, on vous présente à des amis. Si c’est un garçon, il joue l’amoureux. Si c’est une fille, elle joue la copine. C’est toujours à base de petites astuces.

Il y a une façon de repérer les filles. Dans la rue, je peux vous dire : celle-ci ira, celle-là n’ira jamais. Ces filles qui ont le dernier maquillage, le dernier sac, qui rêvent en lisant les magazines… Moi, j’étais habillée simplement et je gardais des enfants pour payer mes études. En discutant, ce garçon a vu que j’étais seule. A ce moment là, je gagnais 400 euros par mois en travaillant tous les soirs et les week-ends et je rêvais d’une vie meilleure.

J’ai des soucis de santé depuis mon enfance. J’ai du être hospitalisée. Je comptais les euros pour payer la sécu, les médicaments. Les banques me relançaient. Lui me disait : tu pourrais avoir tout ce dont tu as besoin. En fait, on cueille la personne pendant qu’elle rêve ; pendant qu’elle espère. Ca s’est fait sur trois mois. On a commencé à se voir en février. Il m’en a parlé la première fois en avril/mai. J’y suis allée en septembre. Dans des bars à champagne. En Belgique.

Il n’a jamais dit pour moi mais pour que tu puisses payer ce dont tu as besoin. Au début, il vous aide à économiser. Puis il commence à parler de projets. Appartement, grosse voiture. Là, il dit nous. Il installe la confiance. Et à la fin, il dit moi.
Parce que je t’ai aidée à sortir de ta condition.
Et donc, il doit toucher une partie ; ou la totalité. Quand on se disputait, que je ne voulais pas y aller, il disait : tu pourrais faire un geste, me remercier pour le bel appartement, le beau vêtement. Pourtant, on sait avec quoi il l’avait payé… En fait, il est persuadé qu’il m’aime. Qu’il m’a tout appris. Il disait : je fais tout pour toi. Tu n’as plus besoin de moi, tu me jettes.

Soit ils s’en persuadent, soit ils essayent de nous persuader nous.
On y croit. On n’a plus que ça. Bien sûr, il dit : c’est pour six mois ; le temps de sortir des problèmes. Encore un mois, encore un jour…. Tu verras, à la rentrée… Et puis à la rentrée, pas encore, on n’a pas assez.

À l’époque, j’avais peu de liens familiaux, je les évitais. Je mentais. Les amis, on ne les voit plus. On s’isole. Les seuls liens qui restent, c’est le milieu. Il n’y a que là qu’on peut se confier.

On est prises par la peau, par les cheveux, pour entrer là-dedans. Même en larmes, il est arrivé qu’il me dépose devant la porte. On sait qu’on finira là-bas. Donc, il vaut mieux arrêter de pleurer que de prendre des coups. On cède avant les coups. On ne peut pas affronter les poings d’un homme.

Quand j’ai commencé, je ne savais pas que ce serait de la prostitution. Il m‘avait dit que je pourrais danser dans les bars et faire juste un peu de strip-tease. Quand il m’a accompagnée dans le premier établissement, j’ai vu les filles se déplacer en lingerie. C’était tamisé, avec du velours rouge. La patronne m’a fait visiter le bar puis les chambres. J’ai compris. Dix minutes après, j’étais en lingerie. Et tout de suite j’ai entendu la première sonnette.

En onze mois, j’ai fait sept établissements. Le premier client, je ne m’en souviens pas. Je me souviens de mon arrivée, et du premier coup de sonnette. Après, il y a un blanc. Je ne me souviens de rien. Pas du client, pas de son visage. Rien. On vit, on se souvient. Et puis il y a la mort, et il n’y a plus rien. C’est pareil. Au premier coup de sonnette, je suis morte.

J’ai cessé d’exister. Je suis devenue une autre avec un autre prénom. Il faut se laisser soi-même à la porte. D’ailleurs on nous dit : ne viens pas avec tes problèmes, laisse les dehors. On se fait violence pour y arriver. C’est pour ça qu’on pleure tous les soirs. Les soucis, on y pense quand même. Mais c’est une faiblesse.

Les hommes. Certains tendent leur billet dès la porte. Ils disent je veux ça. Parfaitement, ça.
Il y en a même qui disent : n’importe quoi, en regardant la gérante.
On a de la haine. Il y a ceux qui négocient les prix, qui trouvent que c’est trop cher. Vous avez l’impression d’être un morceau de viande chez le boucher. Ceux qui disent à la gérante en nous regardant : Tu n’as que ça ?
Heureusement, on n’entend que le pseudo. On pense que c’est l’autre, pas soi.

Il y a des clients violents, bien sûr. Il faut savoir qu’il y a des hommes qui viennent parce qu’ils détestent les femmes. Pour eux, elles sont des objets ou elles sont inférieures ou ils ont besoin de se venger. Ou alors ils ont des fantasmes et ils ne se rendent pas compte que notre corps ne peut pas tout supporter.

Pour moi, c’est encore plus dangereux que dans la rue. Dans une voiture, si vous hurlez, quelqu’un peut vous entendre. Mais là vous êtes dans une chambre, il n’y a pas de caméras, et il est interdit au patron d’intervenir. Vous êtes seule. De toute façon, il ne dirait rien pour ne pas ternir la réputation de l’établissement ; Il n’y a que le business qui compte.

Et puis le mec paye, et donc il a le droit de faire ce qu’il veut. C’est l’idée que tout le monde a intégrée dans ce milieu, à commencer par nous.

Quand on subit ces violences, on se dit : c’est comme ça, on l’intègre au fond de soi. Il m’est arrivé que des hommes me brûlent avec une cigarette, je ne l’ai même pas dit au patron. Avec ce qu’on gagne, on doit se taire. De toute façon, on relativise tout. C’est un autre monde. On vit la nuit, on n’a plus le même prénom, les mêmes vêtements, il y a l’alcool, les drogues, tout ce qui fait passer dans un autre monde justement. Tout ce qui se passe dans un bordel reste dans le bordel.

Les clients, il y a aussi ceux qui ont un certain respect. Enfin, respect, c’est vite dit. Disons une certaine réserve. Il y a aussi les pseudo amoureux qui cherchent à vous emmener à l’extérieur. Dans certains établissements, on n’a pas le droit de sortir. Dans d’autres, le client paie un forfait, par exemple 400 euros pour deux heures avec un moment à l’extérieur. On a le droit de refuser mais on se dit je vais au moins prendre un peu l’air. En théorie, on a le droit de refuser un client. Mais on a des comptes à rendre au gérant. Et soi-même, on se dit : si je suis là et que je refuse, pourquoi j’y suis ?
C’est comme à l’usine. Sauf que c’est l’abattoir.
Vous êtes alignées, à moitié nues, et le type choisit. Il paye, il a le droit de donner son avis sur la qualité. Certains veulent tester la marchandise avant de payer. Ils utilisent ces mots là.

Avec l’alcool, ils parlent beaucoup. Ils sont vicieux. Ils sont infidèles. La plupart disent qu’ils viennent par curiosité. Surtout les plus jeunes. Je me souviens d’un qui était venu avec la carte de l’établissement et mon nom dessus. Il l’avait trouvée dans la veste que son père lui avait prêtée. Une carte avec des mots comme chaud, hot… En France, il y aurait eu scandale dans la famille. Là-bas, c’est normal.

La peur, oui. J’avais peur. Mais j’avais quelqu’un derrière. Des fois, je lui disais viens me chercher. En même temps, je sais bien qu’un homme qui vous protège, ce n’est pas un homme qui vous vend. — Mais il venait me parler si ça n’allait pas. Avoir quelqu’un dehors, ça dissuade ceux qui sont à l’intérieur. C’est un mal pour un bien. On ne m’a jamais droguée, on ne m’a pas volé mes vêtements, mon argent, je n’ai pas été virée en pleine nuit…

Je me réveillais en larmes. La nuit, je faisais des cauchemars. Et puis j’ai été hospitalisée une nouvelle fois. Le médecin m’a dit : encore une goutte d’alcool et c’est la fin. Et puis il y avait les insultes : je ne voulais plus, alors il me disait : à quoi tu me sers ? Tu ne vaux rien, tu n’es rien. Après il s’excusait et il était aux petits soins, évidemment.

Et puis il y a eu le policier. On a été convoqués pour une autre affaire. Le policier a compris que je ne disais pas la vérité et que je travaillais pour lui. J’étais muette. J’avais honte. Cet inspecteur m’a dit qu’il avait travaillé sur les violences conjugales, que je ne méritais pas ça. Encore du vice masculin. Il m’a réconfortée. Voilà un homme qui allait m’aider ; qui représentait la loi, la justice. Finalement, tout est sorti. Onze pages de déposition en quatre heures. Onze mois de silence qui sortaient. De silence, de violence, de mal être. J’ai tout dit.

En fait, j’ai servi de pion aux policiers. Ils ne m’ont aidée qu’en vue de leur propre intérêt. Ce garçon, ils connaissaient son passé, ils le voulaient. Je l’ai fait parler, il était sur écoute. En un mois, c’était fait, il était devant le parquet.

A plusieurs reprises, j’ai voulu tout arrêter. Ils m’ont dit que ce n’était pas possible. Les policiers m’ont tout dévoilé sur la fille d’avant (j’étais au courant, il m’avait avoué que sa compagne précédente avait aussi été dans le milieu). Et pour finir, le policier m’a fait des avances. Il m’a dit qu’il aurait aimé devenir mon ami, même mon amant. Ce n’est pas ce qu’on attend quand on sort du milieu.

Je regrette d’avoir parlé. Durant l’été qui a précédé, je m’étais retrouvée face à ce garçon qui m’avait dit qu’il se sentait coupable, qu’il regrettait, que c’était une erreur et que je n’y retournerais pas. Il était devenu différent. Je me dis que j’aurais du lui laisser le temps de changer. Même le jour du procès, il m’a déclaré son amour. Depuis, je ne l’ai pas revu. Je ne sais pas ce qu’il ressent aujourd’hui. Je ne veux pas qu’il prenne ma plainte comme une vengeance. Mais qu’il comprenne.

Si c’était à refaire, je ne le referais pas. De toute façon, il a pris quatre ans et il va en faire la moitié. Il va sortir pour bonne conduite. À quoi ça sert ? il recommencera. Si seulement c’était lui qu’on regardait de travers… mais non. Ceux-là, on les met en valeur. Ils font de la prison, ils sont fiers, ils ont tout vécu. Dans son quartier, on va le respecter encore plus.
Eux ont des villas, les grands du quartier. Ils ont dix filles en Belgique. C’est un signe de réussite. Ils roulent en Maserati. Pour eux, c’est un métier normal. Il me disait : tu préfèrerais être femme de ménage ?

Mais quand on leur dit ce qui se passe vraiment dans la chambre, les violences, les hématomes… Un jour, je lui ai raconté. Crûment. Il a pleuré. Lui qui joue les brutes. Il est comme n’importe qui dans la société. Si on disait ce qui se passe vraiment dans une chambre… Ca changerait. Pour eux, tout est idéalisé.

Le jour du procès, les insultes, ce n’est pas à lui qu’elles ont été adressées. C’est à moi. Les gens du milieu m’ont dit que je n’avais pas à parler. Même au commissariat, il y a eu un inspecteur pour me mettre en accusation. A me présenter comme une fille qui profite. C’était moi la coupable parce que je m’étais mise avec lui.

L’avocat m’a dit d’aller au procès. J’ai dit non. Impossible. Mais le procureur y tenait. C’est vous la victime, c’est votre procès. Quand j’ai entendu toutes les insultes, j’ai dit à l’avocat : c’est ça, une victime ? Pendant le procès, je n’ai rien dit. Je n’ai pas témoigné. C’était trop douloureux. J’étais placée de façon à lui tourner le dos, à ne pas croiser son regard. Mon avocat a réutilisé mes mots. Même le procureur a pris la parole pour dire qu’il fallait une peine exemplaire ; il a parlé d’esclavage. Il a été condamné à 4 ans ferme pour proxénétisme aggravé. Aggravé parce que les faits se sont produits à l’étranger.

Je l’aime toujours. Je vis sans lui mais il me manque. Il m’a fait du mal mais je lui en fais aussi. Je voudrais qu’il ne prenne pas ça pour une vengeance. Il va avoir une haine pour les femmes. La précédente est partie avec un client. Moi je le dénonce. Je culpabilise.

Je voudrais qu’il réfléchisse, qu’il comprenne qu’une femme ce n’est pas ça. Bien sûr, il doit être puni. Moi j’ai été enfermée pendant 11 mois. Mais au fond d’une cellule – avec qui ? -, est-ce qu’il va prendre conscience ?

A l’avenir, ce n’est qu’une gynéco femme qui pourra me toucher. Le plus difficile, c’est les odeurs, les parfums. Il y a des odeurs que je ne supporte plus. Celle du champagne, de la cigarette. Et les néons.
Quand je vois un néon, même les petits néons bleus dans le bus, il faut que je descende. J’ai des images, des flashs. Je regarde un film par exemple et il y a un geste, une phrase, une musique, qui m’est insupportable.
Un garçon me dit bonjour dans la rue, je fais un bond. Je fuis les hommes. Une part de moi les hait et les renie. Je sais qu’ils sont tous faits de la même fibre. On me dit : tu dois te reconstruire. Mais je vais faire comment ? _ J’ai peur quand la douche est trop puissante. J’ai l’impression de prendre un coup.

Je suis morte à l’intérieur. Il n’y a plus rien qui décide, qui a envie de quelque chose. Aujourd’hui, j’ai envie de manger, d’aller prendre l’air. Et puis dans dix minutes, je vais avoir envie de quitter le monde. Je vais être en larmes. On vous répète tellement que nous n’êtes rien. Vous n’avez plus rien, même plus votre prénom. Votre vie, ce n’est que du noir, des néons, la musique à fond. Jamais la lumière du jour.

Tout ce qui m’a touchée dans ce milieu, ça se voit. C’est comme si j’étais sale. Une cicatrice, c’est une brûlure de cigarette. Les cernes : j’ai dormi deux ou trois heures par nuit pendant un an. J’étais réveillée entre 10 h et midi et je me couchais à 7 h du matin.

Pour les hommes, c’est : elle fait la fête tous les soirs. 15 à 18 heures par jour sous les néons avec la musique à fond. Vous gagnez 50 ou 60 euros sur ce que vous faites. Le jour même on se dit, je ne vaux que 50 euros. A la fin de la semaine, avec 1000 euros, on se dit qu’on les a bien mérités. Un homme me dit : tu ne me fais que ça ? Tu ne vaux pas 60 euros.
Voilà : je ne vaux que ça.
Je ne suis plus rien, je ne veux plus rien. Je ne vis plus. Il m’arrive de donner mon pseudo quand on me demande mon nom. Au début, j’avais du mal à entendre mon prénom. Comme si ce n’était pas moi.

Quand je vois les reportages à la télé, et les filles qui sont floutées, je les admire. Elles prennent des risques. Ce qu’il faut, ce n’est pas un témoignage flouté une fois tous les dix ans. Tant que certaines le revendiqueront, les hommes penseront que c’est formidable. Partout, on ne cesse de nous répéter que ce sont les filles qui veulent. Donc tout le monde y croit.

Pour que ça change, il faut que la société accepte de voir que ça existe. Ce qu’il faut, c’est crier haut et fort qu’on ne choisit pas. Que ce qui se passe là-dedans, c’est violent. Si l’acte lui-même ne l’est pas, c’est violent dans ce que la femme ressent. C’est un coup de poignard dans ce qu’elle vit. Ce qui fait le plus mal, c’est l’intérieur. C’est plus douloureux qu’un hématome. Un hématome, ça s’en va. Pas la violence psychologique.

Publié dans Prostitution et Société, numéro 162.

Adriana : « Je suis contente parce que je suis vivante. »

Je suis arrivée en France en 1997. J’avais 16 ans. Avant, je vivais chez mes parents, en Albanie, à Tirana. J’étudiais l’anglais dans une école professionnelle. À 14 ans, j’étais d’ailleurs allée passer un an en Angleterre. À 16 ans, j’ai rencontré un jeune homme.

L’Albanie s’était un peu ouverte, mais malgré tout je ne pouvais pas parler de cette relation à mes parents. Tout ce qu’ils voulaient, c’était que j’étudie. Alors, je suis partie de chez moi. Je ne connaissais rien du tout, mais j’étais amoureuse.

Je l’avais rencontré dans les jardins de l’école, il disait qu’il avait 25 ans, qu’il vivait grâce à ses parents qui avaient un magasin. Il m’a donné un nom mais je ne sais pas s’il était vrai.

Il m’a fait faire un passeport. Comme je n’avais que 16 ans, il a fait mettre comme date de naissance 1977 au lieu de 1981.

Je le connaissais depuis quatre mois quand nous avons pris le bateau. C’était un voyage clandestin. C’était la nuit, au mois d’octobre, la mer était agitée et j’avais un peu peur. C’était un bateau assez gros, avec des familles, des enfants. Nous avons accosté à Bari dans le sud de l’Italie. Nous avons continué par le train, en passant par Milan. À Vintimille, il n’y avait même pas de douane, je n’ai pas eu à sortir mon passeport. Avec lui, j’étais bien parce que j’étais amoureuse, mais je n’étais pas tranquille d’avoir quitté mes parents.

À Paris, on a pris une chambre d’hôtel. Il avait toujours été gentil, je lui faisais confiance. Et puis, alors qu’on se baladait dans Paris, il m’a montré une fille sur un boulevard, près du Parc Monceau ; une jeune Africaine. Il m’a dit : tu vas faire comme elle.

Je n’ai pas compris.

Franchement, je lui ai demandé si elle attendait le bus ! Alors il m’a expliqué. Il m’a raconté qu’on achèterait une belle maison, qu’on aurait des enfants. J’ai réagi. Je lui ai dit que je n’avais pas besoin d’argent, que c’était pour lui que j’étais venue là, pas pour l’argent. En plus, je venais d’une famille assez aisée.

Je lui ai demandé de me ramener. Là, il a commencé les menaces. Il m’a dit qu’il arriverait quelque chose à ma petite sœur. C’était une idée insupportable.

Alors j’ai commencé à travailler. Il m’avait écrit les prix sur un bout de papier. C’était cinq cents francs à l’époque. J’étais obligée de rester toutes les nuits sur le trottoir jusqu’à 5h du matin. Il me surveillait sans arrêt, il tournait en taxi.

En me disant bien de ne pas le balancer aux flics, sinon ma petite sœur paierait. Je vivais dans une espèce d’état second, toujours fatiguée, avec un mal de tête perpétuel.

J’appelais mes parents, je leur mentais ; je m’étais inventé une vie normale à leur raconter, je disais que je vivais avec une copine. Ils étaient très inquiets et me demandaient de rentrer. Pour moi, c’était dur, d’autant que ma mère a été hospitalisée. En tout cas je n’ai jamais dit que j’étais avec cet homme.
J’avais trop honte.

Toute cette histoire a duré trois ans. Mon proxénète m’avait fait demander l’asile politique. Il m’avait conseillé de dire que j’étais menacée dans mon pays. Je tremblais devant lui. Il mesurait au moins 1,90 m et il frappait à coups de ceinture. J’avais donc eu des papiers pour trois mois, puis plus rien.

Au bout de trois ans, je n’en pouvais tellement plus, je suis partie. Depuis le temps que je rêvais de m’enfuir ! J’étais maigre. Sans papiers. Il n’y a que les chiens qui puissent vivre une vie pareille.

Je suis allée habiter dans un hôtel très éloigné. J’étais toujours sur le trottoir, évidemment. Comment vivre ?

Là, j’ai tout connu. Les menottes, les PV. J’ai été volée, agressée. Avec les clients, on ne sait jamais. Qu’ils soient jeunes ou âgés, qu’ils vous parlent gentiment ou pas, ils peuvent toujours vous agresser. Il y a des clients à qui j’ai raconté mon histoire mais je n’avais pas confiance. J’ai mis beaucoup de temps d’ailleurs à pouvoir faire confiance à l’homme avec qui je vis aujourd’hui.

J’aurais pu trouver un client et me faire épouser. Mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas mentir. Les clients, au bout du compte, ce n’est pas à eux que j’en veux. Après tout ils ne savent pas si on est mineure ou majeure ou si on est forcée. Ce n’est pas leur faute. C’est celle de l’homme qui m’a trompée. Lui, quand je me suis enfuie, il a laissé tomber. Je ne l’ai jamais revu.

Heureusement, j’ai aussi rencontré quelqu’un. Dans la rue, il y a aussi des gens qui vous parlent, qui viennent vous voir quand vous avez froid, quand vous pleurez. Ce n’était pas un client. Ce jeune homme, je lui ai tout raconté.

J’ai commencé à m’éloigner du trottoir, à travailler au noir, à faire la plonge, pour à peu près cinq mille francs par mois. J’ai aussi gardé des enfants. Mon ami travaillait.

Maintenant, je suis heureuse et fière. Surtout, je suis contente parce que je suis vivante. Je dors la nuit, je rencontre des gens, je fais la cuisine et je mange comme je n’ai jamais mangé de ma vie. L’année dernière, ma mère est venue à Paris. Je ne l’ai pas tout de suite reconnue tellement elle avait vieilli. Elle qui avait été danseuse…

J’ai obtenu une APS de 6 mois et je viens de trouver un travail de vendeuse. J’ai besoin d’un papier qui prouve que je suis suivie par la Mission locale et en recherche d’emploi. Mon rêve, c’est de faire un vrai stage de vente avec des cours de français et un vrai projet professionnel. Mais ce n’est pas possible avec des papiers provisoires. Il faut que je continue les démarches auprès de la Préfecture.

Maintenant, je ne veux surtout pas rencontrer les autres Albanaises, je préfère rester seule. Je ne veux pas non plus entendre parler d’un retour en Albanie. Pour faire quoi ? La seule chose que j’aie à y faire, c’est aller voir mes parents.

Alicia : « J’ai horreur de ce mot, pute. C’est terrible, ce qu’il est lourd à porter… »

Quand j’ai divorcé, j’avais 150 000 francs de dettes et le RMI. Un ami kiné m’avait enseigné le massage, j’ai répondu à l’annonce d’un sauna qui cherchait une masseuse. On n’avait pas le droit de toucher le sexe. Le patron surveillait ; c’était très strict, il avait peur de tomber pour proxénétisme. Il a fallu que je parte au bout de six mois parce que les saunas préfèrent changer de filles.

Quand j’ai eu l’huissier à la maison, j’ai décidé de me mettre à mon compte. J’ai fait les annonces des journaux, les rubriques « détente » et « contacts-amitié ». Je fais partie des rares qui proposent de vrais massages. J’ai aménagé un cabinet avec lumière tamisée et musique relaxante. Évidemment, je reçois les hommes en body sexy et je m’occupe de leurs zones érogènes, sinon ils iraient chez le kiné. Mais pour moi, il s’agit de massage. Quand ils sont en érection, je me dis que le sexe fait partie du corps ; c’est tout.

Les clients me contactent par téléphone. J’annonce clairement ce que je fais. J’explique qu’il s’agit d’un vrai massage avec finition manuelle et que je ne vais pas plus loin. Il y a des hommes qui apprécient ; ça leur permet de se sentir « clean », de se dire qu’ils ne trompent pas leur femme même si je les ai masturbés. Certains me disent qu’ils aiment mieux ça que d’aller voir une prostituée.

Il y a deux sortes de clients : j’adore ceux qui n’ont pas besoin que je les aide. Par contre, il y a les coriaces qu’il faut masturber. Là, je mets mes cheveux comme un rideau ; je ne regarde pas, je me ferme de partout ; je me sens mal, je me sens sale, j’ai l’impression d’être une pute. Mais je suis bien obligée, sinon je n’aurais personne.

La première année, il pouvait y avoir cent coups de fil et dix clients en une journée. À l’époque, ils appelaient vraiment pour un massage. Maintenant, ils pensent tous prostitution. J’ai à peine quinze coups de fil quotidiens pour peut-être un client. Je vends mon massage en disant bien que je ne vais pas jusqu’aux rapports sexuels.

Il y en a qui tentent le coup : ça vous coûte quoi d’essayer ?
Ils croient tout acheter avec de l’argent. Pour moi, ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de choix. Je suis déjà à la limite. Je n’irai pas plus loin. Je ne vais pas leur donner mon intimité. C’est déjà assez dur. J’ai une double vie ; moi, je me sens propre mais je sais bien qu’on va dire que je suis une pute. Je suis obligée de mentir, je sais comment sont les gens.
Il y a une question que je redoute par dessus tout : que faites-vous comme travail ? Quand on me la pose, j’ai la chair de poule.

(…)

Aujourd’hui, je me sens sale, j’ai l’impression d’avoir raté ma vie. Tout me fait peur. Parfois, je ne supporte plus les clients. Celui qui me demande si je suis épilée, je l’envoie aux pelotes ! Je bous au téléphone quand le mec me demande s’il y a des rapports ou si je fais les couples. C’est dur, tout ce que les types demandent : urologie, sadisme… Je suis atteinte. J’essaie de faire quelque chose de propre et je m’aperçois qu’ils ne comprennent rien. J’ai la haine des mecs. J’aime mes bons clients qui ne me tripotent pas ; les autres, je les déteste.

Je suis fatiguée dans ma tête. Il y a de moins en moins de bons clients et, pardonnez-moi, de plus en plus de connards. Ils me demandent mon âge (je réponds 32, alors que j’en ai vingt de plus), comment je suis physiquement… Mon travail, c’est le soin du corps. Ce sont les clients qui me renvoient à une image de moi que je refuse.

A l’étage du dessus, il y a une prostituée. Pendant un temps, on s’est bien entendues ; elle m’envoyait des hommes pour des massages, moi je lui envoyais ceux qui voulaient autre chose. C’est d’ailleurs la preuve que je ne suis pas prostituée… Je tiens à dire que la prostituée a des relations sexuelles, et pas la masseuse ! Pour moi, la différence est grande. Je me bats pour ne pas être prostituée et c’est comme ça que je suis considérée. C’est très dur à vivre.

Il y a de plus en plus de problèmes. J’ai démarré chez moi en utilisant ma chambre ; après j’ai loué un appartement avec un bail commercial. Comme métier, j’ai mis « relaxologue ». Puis les problèmes ont commencé. Un type au dessus nous a repérées, la prostituée et moi. Il nous met des mots sous la porte, il ferme la porte de la rue à clé pour empêcher les clients d’entrer. Je ne lui fais aucun tort, je suis discrète, je fais les choses en ordre, je paye mes charges, les urssaf, la vieillesse et le reste.

A la fin de l’année, j’arrête. Ma fille va commencer à travailler, elle va m’aider. Je vais me remettre au RMI.

Mais à 52 ans, on va m’embaucher où ? J’ai envoyé des CV dans la restauration collective. J’ai 14 ans d’expérience dans ce secteur. Mais on m’a fait passer un test. Ce que j’aurais parfaitement su faire dans une cuisine, je n’ai pas su l’expliquer par écrit. J’ai eu honte. Que voulez-vous que je fasse à 52 ans, sans diplôme, sans rien ?

Je ne me sens pas protégée, par personne… J’ai la haine des mecs. J’ai toujours été autonome mais j’aurais besoin de sentir que quelqu’un est là. Ce que je voudrais, c’est un homme qui me dise : laisse tomber tout ça. Mais si je rencontrais un homme qui va voir des prostituées, ça me serait insupportable. Je le virerais, je ne pourrais pas.

Personne ne comprend, surtout pas les flics. Ils mettent tout le monde dans le même panier. [Alicia a été victime d’escroquerie] Pour mon histoire d’escroc, je suis allée à la police. J’ai dit que je faisais des massages. Ils m’ont humiliée, ils n’ont fait aucune différence avec une prostituée. Pour la chambre de commerce, on est masseuse indépendante et pour la police on est une pute. J’ai horreur de ce mot, pute. C’est terrible, ce qu’il est lourd à porter…

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 145 / avril – juin 2004.

Rosen : « Je me suis autodétruite. Si j’avais continué, je serais morte ».

envoi 19Rosen a longtemps défendu l’idée d’un statut et cru en la nécessité de rouvrir des maisons closes. Aujourd’hui, elle se bat aux côtés du Mouvement du Nid pour la pénalisation des « clients ». Elle raconte son long cheminement et revient sur l’arme de destruction qu’est la prostitution, en particulier sur le plan de la santé.

Retrouvez tous nos témoignages ici et le Tour de France de l’Abolition.

La prostitution, je devais y rester trois semaines, un mois. Au bout de 22 ans, j’y étais toujours. Et toujours avec les mêmes problèmes financiers. Une chose est sûre, on finit rui- née. Ce qui m’a fait plonger, je ne sais pas : une dépression, la peur du porte-monnaie vide… on y entre, on ne se rend pas compte.

Je parle en mon nom mais aussi au nom des jeunes femmes dans les salons et sur les trottoirs. Pendant 22 ans, j’ai vécu des agressions et des viols répétés. Quand on y est, on n’est pas consciente de la gravité de ce que l’on vit. La seule chose qui compte, c’est l’argent. Un jour après l’autre. On fait semblant d’aller bien, on montre quelque chose de soi qui n’est pas réel. Tout devient du mauvais théâtre, la vie avec les enfants, les amis, les clients. C’est violent.

Il y a 22 ans, si la prévention avait existé, ces 22 ans n’auraient pas eu lieu. S’il y avait eu une loi, en 1988, pour interdire l’achat de service sexuel, ces 22 années n’auraient pas existé pour moi. 22 années de gâchis, que je ne pourrai jamais reconstruire. 22 années marquées « sans emploi ». Sans emploi et sans existence. Aujourd’hui, je demande aux éluEs de mettre en place une politique de prévention pour que les jeunes ne tombent pas là-dedans ; mais aussi des aides pour pouvoir en sortir et une formation des psys pour libérer la parole des femmes.

Des clients prédateurs

Le client est coupable. Il sait ce qu’il achète ; il consomme.
Un homme qui achète une fellation dans une cave doit être condamné. Je demande que tout soit fait – et c’est urgent – pour protéger ces jeunes filles. Les clients, ils mentent, ils s’inventent un monde. La prostitution, c’est un gigantesque mensonge ; la prostituée ment, le client ment. L’ouvrier devient patron, le mari célibataire. On a envie de leur dire que ce sont des abrutis mais on est obligée de leur faire des compliments. De devoir supporter ces types, ça me prenait aux tripes. J’aurais pu en tuer un. Je me voyais avec un couteau.

Tous repartent frustrés. La prostitution, c’est une frustration généralisée. Ils viennent chercher ce qu’ils ne pourront jamais trouver ; ce qui n’existe pas. Pour certains, c’est une forme d’addiction : il me les faut toutes, en payant ou pas, peu importe. Ça peut être une petite bonne femme de 55 ans, je me souviens d’une dans un bar qui travaillait plus que nous qui étions jeunes. Ça peut être une femme de 150 kilos. Ils ont le pouvoir d’humilier. Les clients sont tous des prédateurs.

Une santé détruite

Dans la prostitution, j’ai eu énormément de problèmes de santé. En 1990, j’ai fait un ulcère à l’estomac, grave, j’ai même été dans le coma. En 1995, j’ai eu de gros problèmes de vue. Je sentais que je dépérissais. Je prenais des médicaments. J’avais des aigreurs d’estomac à hurler, j’avalais des verres d’huile pour me calmer. Et la fatigue ! Les dernières années, j’aurais dormi vingt heures sur vingt quatre si j’avais pu. J’étais incapable de définir ce que j’avais : épuisement mental, douleurs… Pendant des années, j’ai cherché des causes médicales. Les médecins m’ont détecté une maladie orpheline. Et à un moment, j’ai même cru que j’avais un cancer.

Quand j’ai pris la décision d’arrêter la prostitution, je ne tenais plus debout. J’étais arrivée à un tel point de fatigue que j’avais l’impression d’être en train de mourir. Et j’avais tout le temps faim : une fringale ingérable, incontrôlable. Quand je sortais de mon salon de massage, je voyais trouble. Je mettais des lunettes de soleil et je les gardais jusque dans mon lit !

Et puis j’ai arrêté. Et j’ai mis des mois à réaliser. Je ne suis plus fatiguée. Je n’ai plus de douleurs à l’estomac, je n’ai plus envie de dormir. J’ai l’impression que mes yeux se sont rouverts tout grands. Avant, j’avais une masse qui pesait sur mes paupières. C’est un soulagement immense : comme si quelque chose en moi revivait. Et je n’ai plus aucune gêne avec ma maladie orpheline, au point que je commence même à la mettre en doute. Je pense que c’est moi qui ai créé tout ça. Mes yeux qui voyaient trouble, je pense que c’est parce que je ne voulais plus voir le monde.

Avant, je me levais courbée ; c’est fini. Je me surprends tous les jours. Je n’arrivais même plus à me laver ; je n’avais plus de plaisir à rien. Faire le plein, les courses, tout était devenu surhumain. Infranchissable. Même mettre une paire de chaussures. Mon corps était épuisé, mon cerveau encore plus. Moi qui avais perdu toute énergie, je me retrouve. Je suis redevenue la femme que je n’étais plus. Maintenant, je fais des rapprochements. Je comprends que mon corps tirait le signal d’alarme. Mon médecin ne comprenait pas. En fait je me suis autodétruite. Si j’avais continué, je serais morte.

C’est un processus subtil ; parce qu’il y avait aussi des douleurs qui avaient disparu et qui se réveillent. En 1996, j’avais eu un bras cassé dans un accident et j’en avais gardé une grave arthrose. Cette arthrose, je ne la sentais jamais. Pour se prostituer, il faut anesthé- sier son corps. Et j’avais anesthésié les douleurs réelles. On s’anesthésie tellement qu’on finit par s’endormir. C’est le début d’une mort.

Arrêter, mais comment ?

Pour m’en sortir, il m’a fallu des rencontres. Et puis il y a eu cette fatigue, ce ras le bol, ce burn out.

J’ai publié un livre [1] et cela m’a permis de rencontrer beaucoup de gens. Certains étaient pour la prostitution, d’autres contre. J’ai pris tous ces mots et j’ai réfléchi. Je me suis posé la question : le conseillerais-tu à une autre femme ? La réponse était évidente. C’était non.

Au moment où j’ai écrit ce livre [Où Rosen défend l’idée d’un cadre légal pour la prostitution « volontaire », ndlr] j’étais entourée de gens qui me disaient : tu n’emmerdes personne. C’est sûr, c’est moi que j’emmerdais ! Maintenant, je me rends compte que les gens qu’on fréquente, dans ce contexte, tirent tous plus ou moins profit de notre prostitution : clients, commerçants… donc, ils nous confortent dans notre situation.

J’ai passé des nuits entières à réfléchir, à analyser. Et j’ai vécu tant de choses dans mon corps ! Dans la prostitution, on arrive à un stade où on ne pense plus. Est-ce parce que j’ai pris de la cortisone, mais j’ai été boostée, j’ai bien réfléchi et j’ai décidé d’arrêter tout : le traitement et la prostitution.

Quand je relis ce que j’ai pu écrire avant, je me choque toute seule. Mais j’étais où ? Maintenant, je sais que c’était une étape et qu’elle était indispensable à ma guérison. Mais je sentais bien que quelque chose n’allait pas. Un jour, je me suis réveillée. Mais quand on se réveille, on a mal. Donc, on peut ne pas en avoir envie.

Des appels au secours permanents

Pendant toutes ces années, j’ai vu des psys, je suis allée aux Alcooliques Anonymes (je buvais pas mal). Mais je trouvais des excuses bidon, des faux problèmes parce que je ne pouvais pas dire que j’étais prostituée. En fait, je me rends compte maintenant que je lançais des appels au secours en permanence. Mais les réponses, les aides, on ne les obtient pas parce qu’on ne peut pas dire l’essentiel. Il n’y a personne pour les com- prendre, pour les déchiffrer.

Mes réflexions ont duré en tout une huitaine d’années. Il aurait fallu que je sois entendue par les bonnes personnes. Mais ce n’était pas possible, à cause du tabou.

Témoigner, et à visage découvert

Aujourd’hui, je témoigne à visage découvert. Pour désarmer l’ennemi. Mais avant…
Il fallait vivre avec l’idée : à un moment ou à un autre, mes enfants sauront. C’était invivable.

Pour leur dire, j’ai utilisé les grands moyens : témoigner dans une émission de Jean-Luc Delarue sur les non-dits et les secrets de famille. J’avais accepté en me faisant violence mais il fallait que ma vie change. Je voulais me libérer, c’était trop lourd. J’ai donc prononcé ces mots, sur le plateau : je me prostitue. Après, je me suis passé le DVD en boucle pour m’écouter le dire. Bon, personne ne m’a donné de médaille, le cap a été dur à passer. Mais mes enfants ont compris. Les grands s’en doutaient, d’ailleurs. Et moi je n’avais plus à avoir peur ; cette peur affreuse qu’ils l’apprennent de quelqu’un. Je m’étais libérée, je pouvais passer à autre chose, ouvrir des cadenas.

Mais j’avais pris des risques. J’ai des problèmes de retards de loyer, et j’ai été menacée d’expulsion par mon office de HLM. Des gens ont raconté que j’avais des activités de prostitution dans mon appartement, alors que je ne recevais jamais personne. C’est très dur à vivre. Je n’aurais jamais imaginé que les HLM allaient s’en servir pour tenter de me détruire. Tout est un combat. Et une personne du recouvrement à qui j’ai dit que j’avais été prostituée n’a rien trouvé d’autre à me répondre que : Mais alors, vous avez de l’argent ! Elle n’a rien compris. Si on avait de l’argent, on n’irait pas se prostituer. Aujourd’hui, je suis à la ramasse financièrement. Mais je n’y retournerai pas. C’est irréversible. Je réapprends à vivre. Je travaille, je suis contente de toucher un salaire. Je gagnais en deux jours ce que je gagne en deux semaines, je vis avec le minimum mais je suis en accord avec moi-même.

Publié dans Prostitution et Société numéro 176.

[1] Rosen, une prostituée témoigne. Pour une prostitution choisie, non subie, éd Bordessoules, 2009.

Noémie : « je n’étais plus rien : un corps et puis c’est tout »

cropped-abologo.jpgJ’ai fait une dépression à 16 ans. Une tentative de suicide. J’ai été hospitalisée. J’ai vu tout un tas de psys, des comportementalistes, des psychologues, des psychiatres…

Au collège, au lycée, j’étais seule. On disait que j’étais prétentieuse. Je ne l’étais pas mais je courais après la perfection. Il fallait que je sois la plus jolie, la plus brillante. Je voulais être mannequin.

Un jour, je n’ai pas été sélectionnée à un concours de mannequinat. J’ai commencé à avoir un mauvais regard sur mon corps. Je suis devenue boulimique. Au lycée, j’avais choisi la filière littéraire et pour la première fois, j’ai eu de mauvaises notes en français. C’est ce qui a déclenché ma dépression. J’avais une copine, nous nous sommes fâchées. Bref, je me suis retrouvée seule. Les autres filles me regardaient de la tête aux pieds. On me traitait de bizarre, d’intello. Soit on me rejetait, soit on ne me voyait pas ; j’étais invisible. On faisait tout pour me montrer que ma présence était insupportable. J’avais les mêmes rapports à la maison avec ma sœur. J’étais en trop partout. Mon existence était pénible aux autres, donc à moi-même. Je me lavais les mains sans arrêt, je me sentais sale, je n’avais pas tenu mes ambitions.

Cette dépression, ça a été le big bang. Il fallait que j’échappe à la pression. Mes parents me poussaient beaucoup, je voulais faire Prépa ou Sciences Po. Je ne me trouvais jamais assez intelligente, ce que je faisais n’était jamais suffisant. Mon physique, et même mon intellect étaient désavoués. J’ai fini par raccrocher en français. J’ai fait une demi année de terminale. J’arrivais à 11h00 en cours, je repartais n’importe quand. J’avais envie de me flinguer. Et toujours le regard des autres, critique, moqueur. J’ai quand même eu mon bac avec mention bien.

J’ai atterri en clinique psychiatrique. Je me suis mise à sortir beaucoup. A boire trop. A rencontrer des hommes à qui je laissais mon corps. Je plaisais. Ça me faisait du bien mais en même temps je sentais que je plaisais pour mon cul. J’attendais tellement d’amour. J’étais tellement exigeante. Et je faisais comme si je n’attendais rien. Je me disais, si je peux au moins servir à ça, je sers à quelque chose.

J’ai eu une sexualité très précoce, mais seule. A six ans, j’avais des pulsions sexuelles mais je trouvais ça sale. J’avais une gêne. Dans la société, soit on est une mère, soit on est une pute. Si tu as une sexualité un peu forte, tu es une pute. Les garçons me passaient des images porno, je trouvais ça excitant, donc je me disais que je devais être une pute.

Pendant ma période « ambitions », je n’ai plus eu de sexualité. Puis le sexe est revenu. C’était fun. On porte un regard sur toi et un regard positif. La journée, au lycée, j’avais les regards négatifs, la nuit j’avais les positifs. Du moins qui avaient l’air… Je me sentais différente des autres et j’étais fière. On disait que j’étais passée de très coincée à très salope. On me critiquait tout le temps.

Au lycée, je me revois manger toute seule dans la cour, je revois ce grand soleil. On me critique et je ne peux pas réagir. Jusqu’à récemment, j’ai gardé cette peur de traverser une place, au soleil, en plein midi…

Je n’ai pas pu entrer en fac. Mes parents ont cessé de me donner de l’argent. La nuit, je me sentais vivre. Je buvais du whisky sec. Beaucoup. Je pouvais en vider une demi-bouteille en une soirée, chez moi, toute seule. J’étais aussi sous médicaments. Je me couchais à 5 h du matin, je me réveillais dans l’après-midi.

Pour gagner des sous, j’ai eu envie de travailler dans un cabaret. J’avais envie des gens de la nuit, j’avais envie de danser. Je pensais que ces hommes pouvaient me sauver. Je voulais les faire boire, j’étais habituée à la consommation sexuelle, aux rencontres faciles. Ça ne me faisait pas peur. Je pensais que ça ne pouvait pas m’atteindre.

Le plaisir ? C’était frustrant plutôt. Je me sentais sale. Je recherchais de l’affection. Je savais que ce n’était pas dans le rapport sexuel que je trouvais la satisfaction. Ce que j’aimais, c’était l’avant. La séduction. Pas le rapport lui-même. Mais après, le regard de l’homme changeait. J’ai fait ça entre 18 ans à peine et 19 ans et demi. J’étais une enfant.

Les clients étaient des coqs. Ils pouvaient nous traiter de tout. Ces hommes, ce sont des dominants. Ils viennent taper leur petit délire. Le plus vieux avait 85 ans ! J’en voyais beaucoup autour de la cinquantaine. Pas spécialement des jeunes.

« Si on était moins judéo chrétiens, si la politique était moins répressive, peut-être qu’il y aurait moins de délires dégueulasses la nuit. Ils se défoulent et on entretient tout ça. »

Dans les loges des cabarets, ils prennent une bouteille, ils soulèvent la jupe, parfois ils viennent à plusieurs ou alors on est deux filles. C’est vraiment dégueulasse.

En plus, on rentre dans un jeu. La compétition entre filles, on en retire une fierté ! On se croit dominante. Il y a aussi le fantasme d’être la maîtresse de tous les hommes, pas d’un seul. Pour rester libre. N’appartenir à personne. C’est une image de liberté, mais ce n’est qu’une image…

L’argent justifie des choses dégueulasses. On a 100 euros dans la main mais dans le corps, les dégâts ne sont pas chiffrables. On repousse toujours les limites, c’est un piège.

J’avais des relations avec des hommes qui me faisaient des cadeaux. Je me sentais dépossédée, dépendante. Je perdais ma confiance en moi. On se dit : qui je suis finalement ? Ces mecs finissent par vous dégoûter. Sans son cul, on ne serait rien. On se dit que finalement, on ne sait rien faire d’autre.

Je voyais un psychiatre à cette époque. Je lui ai raconté ma première passe. Il n’a rien dit. Un jour, j’ai eu une séance avec lui juste avant. Il m’a vue dans sa salle de bains me préparer pour aller faire la pute. Il m’a mise dehors mais il n’a rien dit. Bref, il a validé.

J’étais en état second. L’alcool, les médicaments. Pour la cocaïne quand même, il m’a dit de faire attention. J’aurais aimé qu’on me mette en garde. Les gens qui m’entouraient assistaient à ça et ils ne disaient rien.

« Un jour, je me suis arrêtée de moi-même. Mon corps a commencé à se couvrir de plaques d’eczéma tellement je ne supportais plus qu’on me touche. »

Mes parents savaient. Ma mère était en larmes mais ils étaient impuissants. Les médecins n’ont rien dit. On me donnait des médicaments, on me mettait de temps à autre en clinique psychiatrique où j’ai rencontré des gens qui ne m’ont pas aidée.
Je manquais de relations, de parole. Mon cousin a bien essayé (j’habitais chez lui) mais il était lui-même en difficulté.

Je ressentais une fatigue immense. Surtout psychologique. Je n’arrivais plus à dire non, j’étais incapable de ressentir quoi que ce soit. J’attrapais des infections, j’avais cet eczéma, mon corps disait stop. Je me sentais sale. Certains hommes me traitaient de conne. Je n’étais plus rien. Un corps et puis c’est tout.

Le cabaret, c’était ma famille. Ma maison ne l’était pas. J’étais une bonne travailleuse. Une fellation sans préservatif, on m’appelait ! J’étais à disposition. A un moment, j’ai été infidèle. Je suis allée travailler dans un autre cabaret. J’ai voulu revenir dans le mien, la patronne m’a dit non. Là, j’ai eu peur. Je ne savais plus où aller. J’ai pensé aller au trottoir mais je ne me sentais pas en sécurité. J’ai décidé d’aller en Angleterre. La veille de mon départ, un copain m’a appelée. Je l’ai revu. Il m’a arrêtée dans mon élan destructeur. On a eu une aventure. Lui m’a dit d’arrêter. Ce jour là, il a été salvateur.

Mon ancienne patronne m’a rappelée. Tout ça était loin d’être rompu. Cette vie avait contaminé ma vie intime. L’hôtesse avait tout envahi. J’étais toujours dans la séduction, avec mon corps à disposition. Je suis repartie dans les bars de nuit. Des bordels.
J’étais barmaid, pas hôtesse. J’étais la sale blanche. Je ne faisais pas de passes mais des attouchements, des fellations. Je suis tombée amoureuse et je suis également tombée dans le coke. Grave. En grosse quantité.

Là je suis tombée sur l’ancien mari de mon ancienne patronne, il était client. J’ai également rencontré un autre homme. Ils m’ont secouée. L’un m’a dit : tu es une fille romantique (celle que j’avais tuée), l’autre m’a demandé comment je pouvais me foutre en l’air comme ça. Il m’a dit tu es une gamine de 18 ans et tu te laisses aller comme une vieille de 50 !La claque. Ce n’était pas une insulte comme j’entendais d’habitude, c’était de l’intérêt pour moi. Je suis rentrée. J’ai voulu reprendre mes études en droit. Mais je n’ai pas tenu.

J’ai eu une relation d’un an avec un homme. J’ai commencé à être amère. Et à revendiquer le respect, de ma sexualité, de mon corps. Le respect des femmes.
Je reprenais conscience. Ce n’était pas juste que des hommes se permettent ça avec moi. La colère est montée. La haine, même. J’en voulais aux mecs. Je mettais une jupe, on me disait t’es bonne je ne pouvais plus supporter ça. Je buvais beaucoup. 10 à 15 coupes par soir, plus les apéros, etc… J’avais pris dix kilos. Je prenais des produits mais j’avais arrêté les médicaments. Une petite flamme se réveillait.

Maintenant, c’est le feu qui m’habite.

Enfin des hommes faisaient attention à moi. Beaucoup s’en sortent en rencontrant un homme qui porte sur elles un regard d’amour. J’ai à nouveau voulu reprendre des études. J’ai revu une psychologue (je n’en voyais plus depuis que l’autre n’avait rien dit). J’ai eu des rechutes. Dans ces cas là, j’avais envie de retourner au cabaret. Suite à des déceptions, le monde me dégoûte, j’ai envie de retourner là-dedans, je sais à quoi m’attendre. J’ai tellement de dégoût, autant aller jusqu’au fond.
Ce lieu me permettait de me détacher des gens. D’être inaccessible, intouchable. Paradoxalement. Un soir, je me suis maquillée dur, j’ai bu, fumé. J’ai pris ma voiture… et c’est tout. Je suis rentrée. Ça a été la fin.

Je suis allée au Mouvement du Nid. J’ai commencé une thérapie. C’est là que j’ai réussi à me sentir en pleine conscience, en pleine possession de mon corps, de ma volonté, de mon psychisme. Avant, Je n’ai manqué de rien au niveau familial mais j’étais dépendante des autres. On pouvait me manipuler. J’avais été une petite fille docile, la vérité venait toujours de l’autre. Mon regard sur moi dépendait du regard de l’autre. Un vrai caméléon.
Il fallait tout remettre à plat.

Quand j’en suis sortie, j’ai offert un nounours à une copine. Je l’ai ouvert au couteau pour lui dire de prendre soin de son enfant intérieur. J’ai joint une lettre où je lui parlais du saccage à l’intérieur d’elle-même.

Il faut faire de la prévention. Prendre en charge les jeunes avant qu’elles tombent là-dedans. Proposer autre chose que des médicaments et des médecins indifférents. A l’école, au collège, au lycée, il faut mobiliser le personnel éducatif pour éviter l’exclusion. On se sent isolé et dans les bars et les cabarets on est accueilli à bras ouverts. Les patronnes savent faire ça. Elles savent à qui elles ont affaire : à des filles fragiles, exploitables. Il ne faudrait pas qu’il existe d’établissements pareils…

Il faudrait aussi, comme en Suède, former les travailleurs sociaux sur la réalité de la prostitution. Enseigner le mouvement féministe. Enseigner le rapport à l’autre, le respect, les rapports hommes/femmes. Les femmes ont été si longtemps soumises, le poids est toujours là. On n’a que des références masculines. Quand on est une petite fille, à qui s’identifier ? Les grands penseurs, les grands chercheurs sont des hommes.

Il faut aussi arrêter la complaisance autour de la prostitution. Faire des campagnes comme en Suède où est pénalisé le non respect des autres. Un jour, à un copain qui me parlait des filles d’Amsterdam, je me suis énervée, j’ai dit : ces filles, alors ce ne sont que des trous ? il a répondu : eh bien, c’est au moins ça ! Beaucoup de filles ne voient pas ça. Ces inégalités entre les hommes et les femmes… Je me suis fait traiter de féministe… une insulte bien sûr. Contre le racisme, on réagit. Contre le sexisme, rien.

Tout le réseau relationnel est affecté. Ce milieu colore tout, contamine tout. On ne se construit pas d’identité. On n’a pas de compétence propre.

Y retourner en cas de coup dur ? Je pense que non. Maintenant, je vis chaque parcelle de mon corps. J’existe. Je suis à ma place. Je ne suis plus dépendante des autres. Ce serait un immense échec. Ce serait… une mort.

Publié dans Prostitution et Société, Numéro 160 / janvier – mars 2008.

Faire reculer la prostitution en France et engager la société auprès de ses victimes : Le principe est acquis, place à la loi !

cropped-abologo.jpgCommuniqué commun de 55 associations d’Abolition 2012 !
Pour la troisième fois en deux ans, les député-es de tous bords s’accordent autour d’une refonte globale et cohérente des politiques publiques en matière de prostitution : après le rapport Bousquet-Geoffroy et la résolution réaffirmant la position abolitionniste de la France, le rapport d’information Olivier vient en effet d’être adopté à l’unanimité des membres de la délégations aux droits des femmes.
Pour la troisième fois en deux ans, les député-es de tous bords s’accordent autour d’une refonte globale et cohérente des politiques publiques en matière de prostitution : après le rapport Bousquet-Geoffroy et la résolution réaffirmant la position abolitionniste de la France, le rapport d’information Olivier vient en effet d’être adopté à l’unanimité des membres de la délégations aux droits des femmes.
Nos 55 associations de soutien aux personnes prostituées, de lutte contre les violences faites aux femmes et de promotion de l’égalité femmes-hommes s’en félicitent vivement et prennent date : la prostitution étant la dernière des violences faites aux femmes dont les victimes sont encore pénalisées et les auteurs impunis, nous exigeons l’adoption effective d’une loi pour le 25 novembre 2013 !
Nous prendrons le temps d’analyser avec attention chacune des 40 recommandations du rapport Olivier et les confronterons à l’expertise de terrain et de fond de chacune de nos associations. Mais nous saluons solennellement dès aujourd’hui les 4 grands axes du rapport : 
 -Mieux lutter contre les réseaux de traite et de proxénétisme.  Accompagner globalement les personnes prostituées, notamment en les aidant à sortir de la prostitution 
- Renforcer l’éducation à la sexualité et la prévention 
- Responsabiliser les clients et pénaliser l’achat d’actes sexuels Transposés en dispositions législatives, ces 4 axes permettraient d’engager toute la société auprès des victimes de cette forme particulièrement violente d’exploitation que représente la prostitution.
Nous veillerons donc à ce que chacune de nos recommandations (VOIR ci-dessous) soient reprises à l’occasion de l’examen d’une grande loi globale abolitionniste.
Amicale du Nid – Association contre la prostitution des enfants – Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail – Association femmes libres – Association française des femmes des carrières juridiques – Association Les Effronté-E-s – Centre de recherches internationales et de formation sur l’inceste et la pédocriminalité – Centre national d’information sur les droits des femmes et des familles – Chiennes de garde – Choisir la cause des femmes – Clara Magazine – Coalition against trafficking in women – Collectif Alouette – Collectif féministe contre le viol – Collectif fier-e-s et révolutionnaires du Parti communiste français – Collectif lesbiennes féministes ba-ham – Collectif national droits des femmes – Comité permanent de liaison des associations abolitionnistes du proxénétisme – Commission genre et mondialisation d’ATTAC – Conseil national des femmes françaises – Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception – Coordination française pour le lobby européen des femmes – Coordination lesbienne en France – Elu/es contre les violences faites aux femmes – Encore féministes ! – Ensemble l’égalité c’est pas sorcier – Equipes d’action contre le proxénétisme – Espace Simone de Beauvoir – Fédération nationale GAMS – Fédération national solidarité femmes – Femmes en résistance – Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir – Femmes solidaires – FIT Une femme, un toît – Fondation Scelles – L’Escale – Le lobby européen des femmes – Le monde à travers un regard – Les moutons noirs – Les trois quarts du monde – Maison des Femmes, Paris – Marche mondiale des femmes – Mémoire traumatique et victimologie – Mouvement jeunes femmes – Mouvement du Nid – France – Mouvement national Le Cri – Mue productions – Osez le féminisme ! – Rajfire – Regards de femmes – Réseau féministe Ruptures – SOS les mamans – SOS sexisme – Zéromacho – Zonta club de France
http://www.abolition2012.fr
RECOMMANDATIONS portées par les 55 associations du Collectif Abolition 2012
I- L’ inversion de la charge pénale : une exigence de justice et de protection des femmes ! 
1- Abrogation du délit de racolage qui, depuis 1939, pèse injustement sur les personnes prostituées alors que sa rédaction permettrait d’interpeller les clients prostitueurs. 
2- Création d’un délit sanctionnant tout achat d’un acte sexuel pour mettre fin aux droits des hommes à imposer un rapport sexuel par l’argent
II- Le renforcement de la politique pénale de lutte contre le proxénétisme et l’indemnisation de ses victimes 
3- L’arsenal juridique français en la matière est très bon mais doit être mieux utilisé, notamment en confisquant systématiquement les biens du proxénétisme en plus des peines de prison prononcées. 
4- Inclure le proxénétisme dans la liste des crimes les plus graves ouvrant le droit à une indemnisation (art 7 06-3 du Code de procédure pénale)
III- De véritables alternatives à la prostitution, y compris pour les personnes étrangères. 
5- Lancement d’un plan Marshall pour les alternatives à la prostitution et financement d’un accompagnement social global vers une insertion socio professionnelle 
6- Mise en place d’un partenariat de confiance « Etat, association, personne prostituée » pour octroyer un titre de séjour aux personnes étrangères qui ne peuvent pas dénoncer leur proxénète (peur des représailles, menaces sur la famille au pays) mais qui ont effectivement rompu avec le milieu prostitutionnel et s’engagent dans un programme de sortie de la prostitution, avec un accompagnement associatif.
IV- Une politique ambitieuse d’éducation à l’égalité et à la sexualité, de prévention et d’information. 
7- Développement d’une politique ambitieuse d’éducation à la sexualité et à l’égalité entre les filles et les garçons incluant une lutte contre le sexisme. 
8- Mise en place d’une politique de prévention des risques prostitutionnels. 
9- Mise en place de la formation des professionnels (police, justice, travail social, professionnels de la santé) 
10- Mise en oeuvre de campagnes de sensibilisation à la violence que constitue la prostitution et dénonciation de l’achat de tout acte sexuel (tel que prévu dans le plan interministériel de lutte contre les violences 2011-2013.

Vivement le dépôt d’une proposition de loi abolitionniste !

Alors que les députées Maud Olliver et Catherine Coutelle ont présenté devant les parlementaires socialistes leur rapport sur la proposition de loi sur le système prostitueur, les associations d’Abolition 2012 apportent leur soutien aux députées, vous trouverez les CP des différentes associations en lien ci-dessous.

 

A lire, les communiqués (la page sera actualisée au fur et à mesure):

-Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF)

http://www.solidaritefemmes.org/ewb_pages/a/actualite-884.php

-Mouvement du Nid :

http://resistancesdefemmes.wordpress.com/2013/09/17/cp-vivement-le-depot-de-proposition-de-loi-abolitionniste-qui-penalise-le-client-prostitueur/

-Amicale du Nid :

Communiqué de presse AdN loi abolitionniste Septembre 2013

-Osez le féminisme

http://www.osezlefeminisme.fr/article/vivement-le-depot-de-proposition-de-loi-abolitionniste

-Femmes en résistance :

http://resistancesdefemmes.wordpress.com/2013/09/17/cp-vivement-le-depot-de-proposition-de-loi-abolitionniste-qui-penalise-le-client-prostitueur/

-Les effrontéEs :

http://effrontees.wordpress.com/2013/09/17/cp-vivement-le-depot-de-proposition-de-loi-abolitionniste/

-Zeromacho :

http://zeromacho.wordpress.com/2013/09/16/communique-sur-la-proposition-de-loi-pour-abolir-la-prostitution/

Ne tardez pas à vous inscrire pour l’événement du 13 avril !

Depuis 10 jours, vous êtes nombreuses et nombreux à avoir signé notre appel sur le site d’aboltion 2012, merci à toutes et à tous ! C’est le signe que nous pouvons nous mobiliser pour montrer que l’abolition du système prostitueur est un projet citoyen !

Rejoignez-nous également le 13 avril à la Machine du Moulin rouge, salle de concert que nous investirons pour montrer l’adhésion citoyenne à notre souhait de construire une société sans prostitution !

Pour pouvoir entrer le 13 avril à partir de 13h30, il faut obligatoirement s’inscrire, c’est très simple, en quelques clics, ici : ne tardez pas ! http://www.emailmeform.com/builder/form/ff6Hg04w82bU8y72Q